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04/05/2010

La musique dans la vie

La musique dans la vie

Noces du Malhoune

Par Abdelkader Mana

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Roman Lazarev


O hôte d'Allah ! Soit le bienvenue

Avance sans voiles au pays des ardeurs inassouvis !

Pourquoi tiens - tu une arme à la main ?

N'aie pas peur, répond au salut de la paix.

Le poète s'adresse ainsi à sa bien aimée qui vient lui rendre visite la nuit déguisée en garçonnet. Ce poème rappelle étrangement « l'hôte » du Cheikh Jilali Mtired dont Al Andaloussi était le disciple. Dans les deux cas, il s'agit d'un bien aimé qui vient frapper la nuit à la porte du poète, non pour le soustraire à sa retraite studieuse, mais plutôt pour répondre à ses secrets désirs.

On découvre avec stupéfaction dans la qasida du Cheikh JilaliMtired, qui a servi de modèle, d'étranges similitudes avec le poème du corbeau d'Edgar Alan Poe. Dans les deux cas, il s'agit de la visite fantastique de l'esprit de la maîtresse disparue qui vient frapper la nuit à la porte de son amant.

C'est l'orchestre du malhoune de Salé qui nous chanta cette qasida sur l'une des barques qui assurent la traversée de Bou Regreg, avec comme fil conducteur Mustapha Khalili, comédien et grand connaisseur de ce genre poétique et musicale. On voit et on entend chanter Allal à la voix de ténor, aujourd'hui disparu.C'était en 1998, lors de la série documentaire « lamusique dans vie », consacré au genre Malhoune et qui nous conduisit depuis Rissani et les ruines de Sijilmassa dans le Tafilalet, en passant par Marrakech et Salé et enfin Meknès où nous avions rencontré le maître forge Laânaya, éminence grise du malhoune, aujourd'hui disparu ainsi que Huceine Toulali qui chanta pour nous la qasida du cœur dont il était malade avant de disparaître à son tour. Aujourd'hui je suis étonné de mon propre commentaire d'alors ; c'est pourquoi j'ai décidé de le publier sur « rivages de pourpre », pour mieux en apprécier et méditer la teneur, ce qui n'était pas le cas pour un média comme la télévision où la voix off semble dans une course effrénée avec les images qui défilent à toute allure sans possibilité de retour en arrière pour mieux apprécier tel ou telle trouvaille tant au niveau de la forme que du contenu. Retrouvons donc notre commentaire sur le documentaire de Salé :

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Voiliers occidentaux poursuivant les corsaires salétans, Roman Lazarev

 

On chercherait vainement de nos jours, parmi la paisible population maritime de rabat - Salé, d'authentiques descendants des corsaires du 17ème siècle. Notons cependant que certaines familles actuelles de Rabat comptent parmi leurs ancêtres des membres issus de l'ancienne entité morisque de Salé.

Les derniers survivants de la corporation des barcassiers qui exercent  de nos jours le dangereux métier de passeurs de l'oued, ou les rares pêcheurs qui ne quittent guère l'abris des jetées , n'ont en tout cas rien de commun avec les fameux Slaouis (Salétans) dont les exploits firent pendant près de deux siècles trembler la chrétienté. La venue des Andalous expulsés d'Espagne a joué un rôle déterminant dans le trafic maritime du fleuve.

A Salé, la Nzaha printanière dans les beaux jardins de l'antique CHALLA , celle des barques sur les berges du Bouregreg , sont autant de réminiscences du passé andalou de la ville. C'est ici que s'est opéré la jonction au niveau poétique et musical entre la qasida en tant que legs bédouin  et l'art andalous. On voit apparaître des modes de la Ala Andalouse - Al Maya, Lahgaz, Sika, Al Rasd, Al Istihlala - dans les mesures du malhoune. Nous suivons Mustapha Khalili, en tant que fil conducteur, pour les découvrir et mieux les connaître.

Seigneur, bénis soient les poètes - musiciens !

Comédien et grand connaisseur du malhoune , Mustapha khalili se rend dans une sorte de pèlerinage sur la trace des poètes errants en hauts lieux du malhoune ; le but ultime de sa visite à la ville des sept saints est de se rendre au mausolée de Sidi Bel Abbas le saint patron de la ville dans la pure tradition des poètes errants  qui vont chercher l'inspiration la nuit près du tombeau d'un saint vénéré. En ce sens sans le savoir il marche sur les traces de Sidi Qaddour El Alami qui faisait de fréquentes tournées de visites pieuses aux tombeaux des saints. Ainsi , lors de son long séjour à Marrakech, qui a duré vingt ans, il visitait lui tous les jours les tombeaux des sept patrons de Marrakech comme il lui arrivait à se borner à visiter le tombeau d'Abou el Abbas Sabti. Et c'est ce que khalili a l'intention de faire en commençant par la place de Jamaâ Lafna qui fut la place public où les chanteurs de malhoune venaient présenter sur le plan musicale les qasidas produites au cœurs de la médina. Maintenant que le malhoune en tant que musique a cédé la place de l'anéantissement aux voyantes, aux porteurs d'eau, aux charmeurs de serpents, aux conteurs et autres troubadours de Sous, Khalili sait que c'est seul au cœur de la médina qu'il doit aller à la rencontre des chanteurs du malhoune, ces musiciens - poètes qui prennent souvent l'air d'un dinandier, d'un maître forge ou d'un teinturier. Avec Fès , Marrakech était le principal aboutissement des caravanes en provenance de Sijilmassa et de Tafilalet raison pour laquelle les chantre s du Malhoune de Fès et de Marrakech sont presque tous originaires de Tafilalet.

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Roman Lazarev

Jusqu'à la découverte de l'Amérique, l'or du Soudan a joué un rôle prépondérant dans l'histoire monétaire mondiale. Avec les esclaves et autres articles exotiques le métal jaune était l'objet principal du commerce transsaharien. Un véritable trait d'union entre trois mondes, trois civilisations : l'Afrique Noire, le Maghreb et l'Europe qui souffrait d'une faim frénétique du métal jaune. Située dans un Oasis au sud du Haut Atlas, juste en face de l'actuel Rissani dans le Tafilalet, Sijilmassa occupait un emplacement stratégique entre l'Afrique du Nord  d'une part et Bilad Soudan, le pays des Noirs d'autre part. Tous les historiens s'accordent pour reconnaître en Sijilmassa la première cité islamique au Maroc.  Selon Ibn Hawkal qui a séjourné à Sijilmassa en 1151, la fortune de la ville a commencé quand les commerçants  fuirent les dangers de plus en plus grands sur la route qui reliait le Ghana à l'Egypte se sont dirigés vers la route septentrionale .Les caravanes ont commencé ainsi à se diriger vers Sijilmassa. Et les commerçants en provenance, de Bassora, de Koufa et même de Bagdad s'y installèrent en apportant dans leur sillage la poésie arabe. C'est en ce lieu qu'étaient venus se réfugier les tribus Zénètes qui ont fuit les Aghlabides de Kairouan vers l'an 705.Ils y fondèrent l'Etat des Banou Badrane .La dynastie régna pendant deux siècles  et son histoire était rapportée dans ses grandes lignes par Ibn Khaldoune.

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Roman Lazarev

Khalili : Sidi Abdelkrim, Allah, Allah, où est passé El Maghraoui dont le croissant continue à nous illuminer !

Abdelkrime : On dit dans le Tafilalet : « Toute haute taille est vide, sauf le palmier et El Maghraoui ».

Khalili : Que raconte-t-on  sur Abdelaziz El Maghraoui du Tafilalet ?

Abdelkrim : Il a vécu à Fès où il enseignait. Quand son heure avait sonné, il est  revenu au Tafilalet. Il est arrivé de nuit au ksar où il habitait. Les temps étaient mauvais et les gens se barricadaient contre les attaques nocturnes. Mais au lieu de frapper à la porte, notre poète  escalada un palmer qui s'élevait à côté du rempart et surplombait le ksar. Réveillé par le bruit son frère avait cru qu'il s'agissait d'un cambrioleur. Il s'arma alors de son poignard et rejoignait l'ombre qui s'agitait la nuit en haut du palmier. C'est son frère qui assassinat Sidi Abdelaziz El Maghraoui.

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Roman Lazarev

Ya Jamaâ El Bahyat (L'assemblée des belles enjouées)  est une qasida du registre lyrique  chantée ici sur l'un des modes musicaux les plus anciens du malhoune. Sur le plan poétique et musical, elle a servi de modèle  pour les poètes et les chanteurs ultérieurs. En effet, le malhoune est à la fois poésie  et musique, c'est-à-dire une poésie qui ne peut pas vivre en dehors de sa mise en œuvre musicale. Pour être compris, le poème doit être chanté, déclamé. Cette qasida nous fait penser aux poèmes épiques d'Antar, en ce sens où le poète y compare les tourments de l'amour aux batailles épiques :

Le prince de l'amour a dégainé son épée et s'est rué sur moi

Il a vaincu mon armée en m'entourant de toute part par les chevaux

Où est passé Maghraoui dont la lumière nous éclaire toujours ? Pour ceux qui savent en déchiffrer le sens sa poésie est pleine de perles lumineuses, c'est sur sa trace que nous marchons : Seigneur, bénis soient les poètes - musiciens ! Les premiers bardes du malhoune se faisaient accompagner du dûf, instrument à cadre entouré de peau de chameau pour déclamer des qasidas  dont les thèmes étaient similaires  à ceux des conteurs : la Sira du prophète mais aussi les épopées des héros légendaire ainsi d'ailleurs que les aventures de Qaïs et Leïla dont  le modèle inspirera Cheikh Jillali Mtired pour sa qasida sur la mer. On s'expliquera d'ailleurs pourquoi les qasidas du malhoune prennent souvent la forme de récits théâtralisés.

 

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Roman Lazarev

Le malhoune serait le chant par lequel les chameliers rythmaient le déhanchement des caravanes pour animer les soirées étoilées autour d'un gîte d'étape. « A ces chants de chameliers, nous dit Ghazali, même les chameaux sont sensibles, au point  qu'en les entendant ils oublient le poids de leurs charges et la longueur du voyage et qu'ainsi excités étendent leurs cous n'aillant plus d'oreilles que pour le chanteur : ils sont capable de se tuer  à force de courir ».

Or nous dit toujours Ghazalai, « ces chants de chameliers ne sont rien d'autre que des poèmes pourvus de sons agréables, aswat tayeba et de mélodies mesurées, alhan mawzouna. En effet,  cette poésie populaire qu'est le malhoune est aussi un art musical, plus précisément un tarab, cette émotion musicale qui aboutit à l'extase.

La poésie arabe s'est muée en arrivant ici d'arabe classique en arabe dialectale. Le malhoune  signifie d'ailleurs ; une poésie rythmée mais qui ne respecte pas les règles de la grammaire. C'est ce qu'Ibn Khaldoune  a voulu dire par  « Âroud el Balad », la poésie du terroir.

L'arrivée à Sijilmassa des Béni Hilal et en particulier des Béni Maâqil ainsi que des andalous au temps des Almoravides et des Almohades, du temps où  le Maroc et l'Andalousie ne faisaient qu'un seul et même pays a grandement contribué à la naissance du malhoune dans le Tafilalet puis sa diffusion dans le reste du pays. Du Tafilalet, cette poésie s'est propagée avec la remontée des dynasties, du commerce transsaharien et de pasteurs nomades vers les villes impériales du Maroc.

Un autre évènement majeur avait influencer le genre  malhoune sur le plan musical : l'expulsion des andalous d'Espagne qui essaimèrent sur tout le Maghreb et apportèrent entre autre la musique andalouse dont les modes musicaux auront une influence notoire sur la déclamation du malhoune

Le foyer lumineux des rays des taïfa  qui s'éteint en Espagne avec l'expulsion des Morisque en 1610, continuera à projeter sa clarté sur les cités du  Maghreb non seulement sur le plan  architectural mais aussi sur le plan musical.


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Roman Lazarev

Le malhoun tel qu'il est chanté actuellement est une synthèse entre la poésie en tant que legs bédouin et l'art musical andalou. Le mausolée d'El Moâtamid Ibn Âbbad (le fameux Abou Abdil de l'Alhambra de Grenade) à Aghmat dans le sud marocain est la trace tangible  de ces anciens apports culturels du paradis perdu de l'Adalousie musulmane.

L'un des plus grands poètes du malhoune au Maroc est sans conteste Cheikh Jilali Mtired qui serait né à Marrakech vers la fin du XVIIIème siècle, qui aurait vécu très vieux et serait mort vers le milieu du XIXème siècle ; Lui aussi considérait sa poésie comme un don divin qu'il aurait acquis après un pèlerinage à la zaouia de Sidi Bou Âbid Charki , le maître spirituel de Sidi Ali Ben Hamdouch, comme il l'affirme dans un poèmes :

L'inspiration m'a été donnée par les Charkaoua

C'est là que mes seigneurs m'ont fait don d'un breuvage sacré

Feu Mohamed El fassi qui rapporte ce dire, le commente en ces termes :

« Il se peut que cette visite à Boujaâd n'aie jamais eu lieu, car pour les gens du peuple, l'inspiration poétique est un don de Dieu. Il est nécessaire pour un très grand poète comme Jilali que ce don soit fait par l'intermédiaire d'un saint célèbre d'une  façon solennelle. D'autres d'ailleurs n'ont pas été satisfaits par cette explication et attribuent l'origine de l'inspiration  aux Jnounes. »

On raconte que le poète sortait  seul tous les jours avant le couché du soleil se promener en dehors de Marrakech. Il allait au Sahrij Bel haddad (littéralement le bassin du forgeron), endroit peu fréquenté où poussent des plantes sauvages et dans des marres stagnantes pleines de crapauds et de grenouilles. Mélancolique, il s'asseyait là pour méditer au milieu des coassements, quand une grenouille lui aurait adressé la parole en l'invitant à une fête de mariage. Quand il eut chanté, les djinns lui offrirent un tambourin d'or. La légende veut que ce soit à lui qu'on doive l'invention des tambourins !

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Roman Lazarev

Dans sa qasida sur la tempête de mer qui emporte le fou d'amour, on reconnait nettement l'influence de la littérature arabe classique dont le fameux « fou de Leila » qui a servi de modèle pour le prince des poètes arabes Ahmed Chawki en Orient et qui aurait inspiré par la suite en Occident « le fou d'Elsa » de Louis Aragon. Cheikh Jilali, humble marchand de légumes au XIXème siècle se montre ici, un précurseur :

Ô toi qui t'engage dans la tempête d'amour !

Reviens avant que ses vents mugissants ne t'emportent !

Et que son tumulte ne t'engloutisse

Sous ses abîmes de brouillard et son déluge,

De houles, de tonnerres et d'éclaires !

L'amour est un océan sans fin à l'abîme insondable

Aucun amoureux n'a pu un jour le conquérir !

Combien de corsaires y ont fait naufrage !

Ni mâts, ni voiles, n'ont pu les sauver !

Avant lui Qays, le pitoyable s'y est déjà aventuré

Mais loin des siens, il n'a connu, hélas que l' errance,

Au milieu des haillons et des bêtes sauvages...

 

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Roman Lazarev

Cheikh Jilali avait une boutique où il vendait des légumes à Riad Larousse et passait probablement tout son temps à composer des vers puisqu'il laissa après sa mort une œuvre immense dont une grande partie nous a été  conservée  soit dans des kounnachs, soit dans la mémoire des houffades (littéralement « les mémorisateurs »). Tous les poètes qui sont venus auprès de lui, le reconnaissent comme maître. Il mourut très vieux et fut enterré près de la Kutubiyya .

Au terme de son voyage initiatique, Khalili arrive enfin à Sidi Bel Abbas Sebti, où il est accueilli par un fauconnier féru de malhoune qui lui récite une qasida sur la ville des sept saints .

Abdelkader MANA

12:34 Écrit par elhajthami dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : musique, poèsie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les couleurs de la transe

Les couleurs de la Transe

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Tout, soudain, danse dans la ville habitée [1]: hommes, femmes, oiseaux, enfants, vieillards. Les youyous fusent dans la lumière éclatante. Essaouira, ville à dimension humaine, habitée par le hal ! Véritable « port de transe » où crotales et tambours font battre le cœur de l’Afrique, en un dialogue sublime qui tantôt s’élève jusqu’aux sphères célestes, tantôt s’abîme dans les profondeurs de la mer.

 

Etendards en tête avec le taureau du sacrifice, la procession a quitté la zaouia de Sidna Boulal [2]au début de l’après-midi. Des rangées de danseurs s’improvisent dans les rues, les joueurs de crotales et les tambourinaires avancent en ligne à petits pas, se font face, se rapprochent puis s’écartent pour se rapprocher encore, suivant le rythme de la musique.

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Se plaçant entre le taureau du sacrifice et les musiciens, voici les voyantes au géranium et au basilic qui implorent Allah : «  guéris-nous, ô Seigneur ! » Lentement, elles avancent au rythme omniprésent de la musique. En tête de la procession, les deux étendards, le vert et le rouge, puis vient le taureau noir que suivent les enfants aux yeux émerveillés. Dans les rues étroites, pleines de poussière, de couleurs, de lumières, la circulation est bloquée. On prie, on fait appel à la baraka qui guérit : « Laâfou ya Moulana » (guéris-nous, Ô Seigneur !)

Dans le labyrinthe des rues la procession continue d’avancer.

Partout est la danse, offrande de musique, promesse de hal[3] .On se désaltère aux gargoulettes parfumées aux feuilles de menthe. Les voyantes aspergent d’eau de rose la foule des curieux et des adeptes. Le hal habite les murs, la foi exalte les remparts, les ruines parlent de ceux qui ne sont plus. Oubli du temps présent, oubli du monde. L’immémorial illumine le ciel et, toute puissante, la musique ressuscite le lent et noble déhanchement des caravanes en marche.

On fait halte un moment devant le sanctuaire du Pôle de l’Orient. Dans la clarté du jour la procession investit la cité du son grave du tambour, du martèlement des crotales.

Dis-nous, ô arbre immobile !

Entends-tu les sons graves qui

Accompagnent le taureau vers le repos éternel ?

Son sang va jaillir comme jaillissent en  geysers de brume

les chevaux marins de la houle violente.

Corps broyé par les vagues.

Rôde la mort, la mort sereine et brutale.

En échos à la prière cosmique du firmament,

Des ombres en oraison se répondent dans la pâle clarté du crépuscule.

 

D’un côté le tumulte des vagues, l’immensité de l’océan ; de l’autre le bruit assourdissant des tambours. Infinité des mystères, mystère de l’infini. Des goélands voguent au rythme du vent, des essaims d’hirondelles planent au dessus du cortège. Les musiciens pénètrent avec vacarme dans l’enceinte sacrée. L’homme préposé au sacrifice serre les pattes antérieures du taureau. Une foule immense envahit la place.

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L’instant est solennel. Les femmes se pressent sur la terrasse. Les jambes des danseurs trépignent, les youyous des femmes vrillent l’air. Le sacrificateur lave les pattes antérieures, les pattes postérieures, puis le dos, le sexe et la queue de l’animal. Il l’encens de la fumée du benjoin s’élevant d’un petit braséro, le culbute à terre et l’oriente vers la Mecque. Aux appels au Prophète succèdent les youyous des femmes.

Des femmes, fronts baissés sur les bols, trempent leurs lèvres dans le lait ; quand elles relèvent la tête, rien n’apparaît sous le voile si non l’éclat de leurs yeux agrandis par le khol [4]. Au centre de la place une cohorte de voyantes déposent leur bouquets de géraniums et de basilic. Deux joueurs de tambours et cinq joueurs de crotales ne cessent de tourner autour de la place du sacrifice. Le chant modulé par le maâllem est repris par la foule. Deux danseurs inscrivent de grands huit syncopés autour de la fontaine, un joueur de crotales se place entre les deux comme pour les encourager.

Le taureau est au repos sous la coupole verte. Venant du centre où murmure la fontaine, les résonances frénétiques, vont s’amplifiant dans l’espace clos de l’enceinte sacrée. Les goélands volent haut dans le ciel bleu qui pâlit. Le soleil décline sur l’océan. Un chien noir aboie au pied de la citadelle. Le vent mugissant fait trembler les fenêtres closes. La ville frémit comme un corps vivant sous le fracas des vagues. L’étoile polaire scintille à l’horizon. Violent mugissement, plainte pathétique de la houle qui gémit et qui pleure.

 

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Le maître des musiciens pose le tambour, prend en main le guenbri. Le sacrificateur ôte au taureau les étoffes aux couleurs de la transe, sur lesquels il pose un instant les couteaux du sacrifice afin qu’ils s’imprègnent du pouvoir magique des génies de l’abattoir. Alors s’élève le chant :

« Il n’y a aucun dieu, en dehors de Dieu ! »

Danse haletante autour du taureau en attente de son destin. Le soir monte au milieu de la mer, le hal descend sur la place. Les musiciens de l’ombre, les musiciens de la nuit accélèrent le rythme qui se fait lancinant. Tambours qui battent, crotales qui s’entrechoquent, youyous des femmes. Sublime transe sous l’éblouissante lumière !

Vêtu de rouge, le sacrificateur mime le roi des génies des abattoirs qui l’habite, en effectuant la danse des couteaux. La lune apparaît dans le ciel encore clair. La gorge du taureau est tranchée. Son sang encore fumant est recueilli dans une bassine. De cette énergie vitale, on asperge, au couteau, les couleurs des mlouks, le guenbri, les crotales. Une femme tombe en transe. Apportez l’encens ! Majid danse dans les nuages. Les esprits des nuages le saisissent. Il tombe du haut de la terrasse. Brûlez de l’encens, couvrez-le de noir. Son cœur a sombré à l’appel des esprits qui le possèdent. Combien n’a-t-il pas erré au pays des Noirs ! As-tu vu d’où les esprits des nuages l’ont fait tomber ? Il n’a pu résister à leur appel. S’il résiste ses os lui feront mal. La transe chasse les impuretés avec la sueur, la transe délivre.

 

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Un peu plus haut les vagues, et la ville serait engloutie par la mer. Le sang jaillit à gros flots de la blessure ouverte. Le retrait du ressac marin fait apparaître d’énormes précipices : gouffre glacial où s’engloutit le soir qui tombe, les prières et les paroles sont emportées par le vent.

On clôt le sacrifice par une prière qui évoque les servitudes d’antan :

« Nous sommes des esclaves à la peau fraîchement marquée.

Soyez témoins de ces marques, elles ne s’effaceront jamais »

Maintenant, le maâllem est seul à jouer mais tous les assistants accompagnent le son du guenbri en battant des mains. On vient d’entamer la partie ludique des kouyou, qui se déroule en deux temps : d’abord les Fils des Bambara, où on rythme uniquement des mains et du son du guenbri les évolutions des danseurs qui se lèvent et dansent à tour de rôle. Vient ensuite la Noukcha, où les crotales accompagnent le guenbri et la danse est collective.

Celle-ci revêt un aspect théâtral. Le danseur doit à la fois danser et mimer toutes sortes de rôles ; celui en particulier, de l’esclave enchaîné, ou de la femme enceinte qui va vendre son enfant. Il doit aussi représenter les bêtes sauvages et les anciens totems des clans. Toutes les tribus de l’ancien Soudan sont évoquées ainsi que la mémoire de l’exile des ancêtres.

 

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La condition d’esclave est évoquée : un danseur aux pieds liés par un foulard saute comme pour se libérer de ses liens ; on compare la condition du maître et celle de l’esclave, on moque et on plaint à la fois la vie de servitude :

 

Allah, Allah, notre Seigneur !

Oncle Bara le pauvre,

Voici son destin de pauvre :

Madame boit le thé, monsieur boit le thé,

Et Bara se rince les yeux,

Le maître mange la viande,

La maîtresse mange la viande,

Et oncle Bara, grignote les os...

 

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On commence par la parodie, le jeu et le rire pour se préparer au tragique de la possession :

 

Soudani kouyou

Soudani ya Yamma

Dada Yamma Ya Toudra

Mon frère est venu de Tombouctou!

Soudani Ya Yamma

Hé !Lalla Ya Toudra

Ils nous ont amené du Soudan

Ils nous ont amené de Guinée

Ils nous ont amené des Bambara !

 

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Théâtralité des gestes, danse en cercle, frénésie du rythme : prière pour les esclaves et les hommes libres de la Séguia rouge.

Danse balancée et gracieuse : offrande pour la beauté du geste.

Bangara, bangara....

Pirouettes et balancements rythmiques du danseur solo sur place. En chœur :

Amara Moussaoui

Sidi Ya Rijal Allah…

 

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La danse est splendide, alerte et entraînante. Le Gnaoui danse, le sourire au lèvre : magie de l’Afrique et de ses rythmes !

On invoque le soudanais Yamma et les fils des Bambara. Trois danseurs se lèvent et épaule contre épaule, se rapprochent

puis s’éloignent du maâllem à pas comptés – flux et reflux.

Le guenbri poursuit son solo tandis que les trois danseurs battentle sol de leurs pieds nus.

Echange grave et sonore entre guenbri et pieds qui trépignent :

« Saha Kouyou ! », lance le maâllem.

 

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Les danseurs s’approchent, frappent à l’unisson le sol d’un seul coup du pied droit, reculent et se reprennent à battre le sol,

à la manière des claquettes américaines. On cesse de chanter pour mieux prêté l’oreille au rythme des mains et des pieds

qui battent le sol et brassent l’air. Le bruit de la plante des pieds s’harmonise avec le registre bas du guenbri.

Pour la danse du chasseur, une gazelle traverse l’imaginaire poursuivie par un homme-tigre en transe.

La soirée commence :demain, le monde renaîtra de ses cendres grâce à la magie des musiciens guérisseurs

et au pouvoir de leur imaginaire éclaté...

 

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Voici les couleurs des mlouk, génies de l’au-delà, esprits de la nuit. Les sept couleurs de l’arc en ciel,

ont chez les Gnaoua,une signification magico-sacrale clairement définie :

à chaque devise musicale correspond une entité surnaturelle,et à chaque entité surnaturelle une couleur particulière.

Ainsi au milieu de la nuit, les Gnaoua procèdent à « l’ouverturede la place »(ftouh Rahba)

pour marquer le passage de la réalité ordinaire à la réalité extraordinaire :

l’invocation des entités surnaturelles.

La lila est un voyage dans l’océan de la transe et les esprits évoqués sont des étapes,des haltes dans la nuit.

 

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On commence par l’invocation des  Jilala , génies que dirige le pôle de l’Orient, et qui porte la couleur blanche.

Les entités surnaturelles marines, les  Moussaoui portent la couleur de la mer, comme les samaoui, entités célestes sont vêtus

du bleu du ciel. Si les chorfa vous habitent, vous porterez la couleur verte de l’Islam.

Avec la devise musicale de Sidi Hammou,on porte la couleur rouge du sacrifice.

 

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La possession par les « gens de la forêt et des nuages », est symbolisée par le noir.

On invoque également les entités surnaturelles féminines qui provoquent des transes de diverses couleurs. :

le jaune de lalla Mira,le violet de lalla Malika, le rouge de la berbère et le noir d’Aïcha Kandicha

(de Kadoucha, la déesse de la mer ?), qui possèdela voyance, et celle-ci prédit l’avenir en état de transe.

Bouderbala (le porteur de la tunique rapiécée du vagabond) fait la synthèsede toutes les couleurs.

La tunique rapiécée des anciens n’est pas portée par n’importe qui :

elle est le symbole de l’errance et de l’illumination divine qui s’y attache.

Après les Jilala, on passe à Bouderbala.

Le danseur qui « joue ce rôle », au sens presquethéâtral du terme, porte une tunique de toutes les couleurs

 

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et un grand couffin rapiécé. On l’invoque par ce chant :

 

« Ô l’homme en haillons,

Tel est l’état des possédés,

L’homme à la canne et aux vieux habits,

Tel est l’état des possédés ».

 

Vient ensuite le moment des moussaouiyne, couleur bleue clair, commandés par Sidi Moussa,

maître de la mer et protecteurdes marins.

 

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On effectue la danse au bol magique, et les danseurs qui portent un foulard bleu font aussi le simulacre de nager.

Quand on invoque la devise Bala Matimba, les danseurs s’aspergent d’eau. On chante :

« Ô Sidi Moussa, ô gardien du port,

Ô Bouria[5], poisson de rocher,

Ô Bouria, poisson de marée,

Je vous demande protection,

Ô hommes de l’île,

Je vous demande protection,

Ô maîtres de la côte,

Je vous présente autant de prières qu’il y a d’eau,

Autant de prières qu’il y a de poissons dans la mer. »

 


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Cette poésie marine est offerte à Sidi Moussa, que certains auteurs présentent comme

une version populairede Moïse qui commande les eaux.

Après les moussaouiyine viennent les smaouiyine,dont la couleur est le bleu foncé ;

on évoque ici les devises Moussa Barkiyou, Barri ya Berri,

Jab el-Ma et Ya Allah Samaoui.

Le maâlem hamida Boussou[6] porte le nom d’un melk marin

qui le possède lorsqu’il était jeune.

Les Gnaoua chantent ainsi cette devise :

 

« Me voilà, ô Boussou !

Boussou à l’hameçon,

Boussou au filet de pêche,

Boussou le pêcheur,

Boussou le poisson. »

 

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On passe ensuite à la mehella[7] des rouges de Sidi hammou, le maître du sang et des abattoirs.

Le pacha hammou porte le couteau du boucher et une chéchia ; il parle de sacrifices.

Ceux qu’il possède at qui dansent avec des poignards

dans le melk de Sidi Goumi ne courent aucun danger :

« Tu vois le sang jaillir, dit maâlem Mahmoud Guinéa,

mais à la fin de la danse tu ne trouve plusaucune trace de sang.

Le danseur est insensible au poignard

parce que Sidi hammou le protège lorsqu’il danse... »

 

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Dans le melk hammouda, tous les Gnaoua mangent du miel.

On commence par mettre un peu de miel sur la peau du guenbri,

on en induit aussi les crotales avant d’en offrir au maâlem et à chacun des Gnaoua.

 

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Viennent ensuite les fils de la forêt vêtus de noir et particulièrement violents.

Parmi les esprits noirs de la forêt, il y a aussil’ogre Bariando .

On fait le simulacre de le capturer en lui enroulant une grosse chaîne autour du cou.

Il essaie de se libérer, maison le retient de chaque côté.

C’est le symbole de la traite des esclaves volés et deleur asservissement.

Il y a Haoussa, appelé l’enchaîné, qui se frappe la poitrine.

Il y a Segou Balaychi, qui se couvre du pelage d’un moutonet danse avec

une canne noireautour d’un plateau d’orge et de sucre,

dans lequel les jeddaba[8] mangent commedes esclaves ou des animaux.

 

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Ensuite vient successivement :

 

§ Tamarmania, dont le jeddab avale des aiguilles.

§ Jini Yata, que l’on couvre d’une serviette noire.

§ Koulou M’bara, dont on frappe le dos avec une lanière de cuir.

§ Bao Bao, Sidi Madani, le chasseur possédé de la forêt.

§ Joujou Nama, dont les jeddaba mangent de la viande crue.

On invoque encore d’autres mlouk, dont le plus impressionnant est

Gouban Bou Gangi,qui se frappe la tête d’un mortierde huit kilos.

Ceci ne va pas sans accidents, à en croire maâlem Abdessalam Belghiti,

qui animait les lila de khaddouj Bent Yahya,la plus grande voyante d’Essaouira,

et qui a assisté à la mort d’un adepte, Tabboza, à la fin d’une lila.

 

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Dés qu’on aborde la devise musicale

Goubani Bou Gangi,ceux qui ne sont pas Gnaoua quittent la place.

Après les esprits noirsde la forêt vient le tour des chorfa , dont la couleur est le vert.

On commence par Sidi Lahcen, suivi de Sidi Boubker et de Sidi Ali.

Lors de cette devise, on danse avec un grand sabre.

On évoque Moulay Abdellah ben Hsain, le « saint » de Tamesloht, ainsi que

Moulay Brahim, le « saint » de la montagne, dit « l’oiseau des cimes ».

A la fin des chorfa, on invoque Foullani, les hommes de Dieu du Soudan :

 

« Hayii Foullani, ô mon père !

Hayii Soudanais, ô mon père !

Foullani, ô Seigneur,

Bambrani, ô Seigneur ! »

 

Les danses de possession se terminent par les génies de sexe féminin,

aux couleurs variées :jaune, rouge, violet et noir.

On brûle des encens divers et on asperge les danseurs avec de l’eau de rose.

On évoque d’abord lalla Aïcha, la noire, ensuitelalla Rkiya,

la rouge, puis lalla Mira, la jaune et lalla Malika la noire.

Lalla Mira, s’en prend tout particulièrement aux voyageurs.

Elle aime les promenades au crépuscule, et c’est à ce moment là qu’elle est dangereuse.

Les gens qui dansent ce melk rient beaucoup

et les gens qui pleurent sont particulièrement vulnérables à ses attaques.

 

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Ces quatre premières entités féminines sont suivies par huit autres dont la couleur

est le noir.La plus redoutable estAïcha Qandicha.

Pour l’accueillir, on éteint la lumière et la danseuse qui en est possédée se met à prédire.

On verse de l’eau eton fait semblant de laver le linge avec la plante des pieds,

car Aïcha Qandicharéside dans les oueds, les mers et les flaques d’eau.

On termine la série en invoquant les esprits féminins berbères.

On sert une soupe d’orge aux participants :

c’est la fin de la lila.

Le maître dépose le guenbri, et l’azoukay ramasse tout le matériel.

Laârifa reprend son panier de cauris, de pierres du delta du Nil

et d’ébène des profondeurs du Soudan.

Après leur transe, les adeptes se sentent mieux et sollicitent pour les absents

leur partde barouk.A l’horizon, l’aube se met à poindre.

La transe et les génies qui la provoquent se dissipent

avec la lumière du nouveau jour qui nait.


Abdelkader MANA

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[1] Au milieu des années 1980,  j’ai participé à une lila des Gnaoua  à Essaouira  dont  je relate ici le déroulement ainsi que la succession des devises musicales et les couleurs de la transe telles que je les ai observés alors.

[2] Essaouira est la seule ville au Maroc où les Gnaoua disposent d’une zaouïa : partout ailleurs leur culte a un caractère domiciliaire. L’édifice de la zaouïa dédiée à Sidna Bilal, premier muézin noir du Prophète, semble dater du XVIIIè siècle. Il servait de lieu de rassemblement aux esclaves qui y célébraient leur fête. Ceux-ci vivaient alors hors des murs, au nord de la kasbah, dans des casemates bâties au milieu des dunes. On raconte que là vivait un maître du guenbri, maâllem Salem, qui appartenait à un négociant, Allal Jouâ, dont une rue de la médina porte encore le nom. Celui-ci vendait la cire et possédait au moins sept esclaves qu’il traitait comme ses propres enfants. Allal Jouâ n’était pas comme les autres commerçants qui obligeaient leurs esclaves à décharger les barcasses au port. Lui, il leur apprenait à travailler comme maçons et comme graveurs sur pierres. C’est ainsi que maâllem Salem était devenu une sorte d’ingénieur, un sourcier. S’il disait aux ouvriers de creuser à l’endroit qu’il leur indiquait, immanquablement ils tombaient sur de l’eau. On le nomma moqadem des Gnaoua. Il entoura le lieu de culte, alors une simple mzara, de quatre murs. C’est ainsi qu’est née la zaouïa de Sidna Bilal, au cœur même de la médina d’Essaouira, du côté de la mer.

[3] Hal : La transe ; état de celui qui est possédé par la transe. La confrérie des Ghazaoua chante le hal en ces termes :

Le hal, le hal, Ô ceux qui connaissent le hal !

Le hal qui me fait trembler !

Celui que le hal ne fait pas trembler, je vous annonce ;

Ô homme ! Que sa tête est encore vide

Ses ailes n’ont pas de plumes

Et sa maison n’a pas d’enceinte

Son jardin n’a pas de palmier

Celui qui est parfait, la calomnie ne l’effleure pas

Sidi Ahmed Ben Ali le wali

Prends-nous en charge, Ô notre cheikh !

Sidi Ahmed et Sidi Mohamed

Ayez pitié de nous. »

 

[4] Khol : pour noircir les cils et les sourcils. Les femmes utilisent aussi l’ écorce de noyer pour la denture, le rouge à lèvre de Fès et le hargouss (extrait d’une mixture à base de vapeur de benjoin blanc et de bois de santal, donnant un parfum aux vertus aphrodisiaques particulièrement puissantes qui enrobait le corps de la femme pendant une semaine entière,  dit-on.

[5] la mer en se retirant laissait derrière elle, dans les interstices des rochers, de petits poissons couleur d’algues dénommés  bouris probablement par la population d’origine africaine de la ville parce qu’il existe effectivement une divinité africaine du nom de « Bouri » : au cours du rituel de la Lila, il existe un esprit possesseur (melk) où le possédé danse avec un bol d’eau de mer contenant ce petit poisson des rochers .

 

 

[6] Selon l’explorateur et photographe danois S.E.Sokkelund, on appelle « Boussou » un peuple riverain du Niger, ainsi que les Africains travaillant au port d’Accra au Ghana. Ces hommes de la mer sont les « Boussou ».

[7] Cohorte de génies.

[8] Pluriel de Jeddab, danseur en transe qui peut avaler de l’eau bouillante sans peine, comme les Oulad Sidi Rahal.

12:30 Écrit par elhajthami dans Psychothérapie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : psychothérapie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/05/2010

Printemps musical

Jour de musique classique à Essaouira

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Vendredi 30 avril 2010

Au programme d'aujourd'hui, J.S.BACH, F.CHOPIN, F.LISZT, Maurice RAVEL et Johannes BRAMS: les classiques de la musique classique. Rien de moins.En une seule journée avec des musiciens virtuoses à porter d'oreilles: au source de la musique la plus raffinée qu'à produit l'occident.

Reportage photographique d'Abdelkader Mana

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Dés l'heure du petit déjeuner, sur la vitrine du patissier Driss, l'affiche signée Hussein Miloudi, toujours renouvelée à chaque festival de musique classique, attire l'attention par ses couleurs chaudes, ses envolées élyptiques...
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Je prends la direction de "Dar Souiri" où se déroule la musique de chambre ce matin à partir de 11 heures: l'entrée est gratuite, ce qui est vraiment un privillège de voir ainsi des virtuoses et des ténors reconnus mondialement sans bourse déliée...Et pour le public assidu commencer une initiation à un art musical raffiné et élitiste.
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Sur la place de l'horloge, je rencontre l'écrivain Driss Khouri, un habitué du festival des alizés. Il me dit qu'il est en convalescence depuis qu'il s'est brisé une jambe lors d'une chute, il n'y a pas si longtemps: ce qui l'oblige à se déplacer à l'aide d'une canne qui n'a ainsi rien de diplomatique!
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L'auteur de Madinatou Tourab (poussière de ville), n'écrit plus assez souvent dans la presse arabophone comme au temps où on s'est connu tous les deux en tant que journalistes. C'était l'année 1986 où nous avons participé , lui en tant que reporter d'Al Itihad Al Ichtiraki, moi de celui de Maroc-Soir, que dirigeait alors le regretté Abdellatif Bennis, à la visite Royale d'Erfoud. Il me souvient surtout de ce repas pantegruéllique donné au palace de Ouarzazate, où Driss Khouri a failli être englouti sous une montagne de chocolat...
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La matinée débute par un Don Quichotte romanesque de Maurice Ravel, interprété merveilleusement par le ténor Belobo et la pianiste Larjarrige...
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André Azoulay et ses invitée trés attentifs à l'émotion maîtrisée qui se dégage de toute musique savante
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Le public très sélect du festival des alizés. La sélection se fait tout naturellement: le public est à majorité européen dont c'est la culture. Les marocains qui ont une culture participative ne voient pas pourquoi ils resteraient assis sagement tandis que les musiciens se produisent. Pour les marocaions la frontière entre musiciens et public doit être abolie. Ils ne se sentent à l'aise et en fête que lorsqu'ils participent bruyâment à la fête en aplaudissant, en trépignant, en poussant des you-you et des appels au Prophète. Il s'agit pour eux d'une décharge énergitique et biologique, en un mot d'une catharsise. Or là on exige d'eux l'écoute attentive, le silence absolu, le bien se tenir. Conséquence peu de marocains parmi le public: la sélection ne se fait pas ici par l'argent mais par l'habitus culturel.Ici comme ailleurs, le Musée du Louvre et la musique de chambre ne sont pas fréquentés par le premier venu: il faut une éducation particulière de l'ouir et du jouir...
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Se laisser transporter par cet Othello incarné, retrouver les émotion primordiales du compositeur d'il y a des lustres: une communion mi-religieuse, mi-mondaine.L'esthétique de la science des harmonie entre notes celestes et transport amoureux...
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Dieu seul sait que derrière cette apparente improvisation se cache des années de travail sur la voix et ses possibilités accoustiques; la voix en tant qu'instrument musical. Et puis qu'est ce que la musique si non ce mystère qui nous met au diapason des beautés celestes.
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On ne se rend vraiment compte de l'existence d'un langage musical qu'en écoutant les note translucide du piano qui emplii l'espace comme une pluie d'étoiles se deversant sur nos tête depuis la nuit eternelle du cosmos...
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On reconnait parmi le public Driss Khouri avec sa canne: il doit certainement faire le lien entre l'écriture musicale et l'écriture toit court: l'harmonie des formes celle-là même qui gouverne les sphères célestes selon les mystiques et les philosophes arabes du Haut Moyen âges et qui fait qu'un poème de Gongora ou d'Abou Tamam sont beau du simple fait que leur musicalité est harmonieuses et plaisante à l'oreille comme le chant d'un merle à l'aube du printemps; le printemps des alizés...
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La patience de l'écoute; un art que partagent mélomanes et diplomates: il faut beaucoup de patience et d'écoute attentive pour mieux savourer une sonate; beaucoup de patience et d'écouter pour dénouer les échevaux  complexes du monde en tant que jeu d'echec...
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Le cercle, l'anneau, l'écoute, l'apprentissage
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La passion entre les lignes, les colonnes
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L'ovation, l'hommage à la maîtrise musicale et à la passion vocale
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L'après midi, nous avons assisté à la soprano Jalila Bennani, accompagnée de la pianisteLajarrige interprétant, l'anamourée de HAHN, la nuit d'étoile de DEBUSSY, Lune d'avril de POULENC...
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Bien entendu toutes ces passions musicales ne sont possibles que grâce au mecenat d'entreprise, des banques en particulier et aux sponsors qui déploient à cette occasion leur logo tel des pavillons battus par les vagues et le vent  sur un navire d'Essaouira emporté par la houle des vents alizés. Mais sans l'intervention discrète mais certaine d'André Azoulay le bateau de la musique de ce festival comme des autres festivals et autres colloques n'auraient pas jeté l'ancre dans ces rivages ô combien beaux mais ô combien désargentés aussi...
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Le soir on passe de la musique de chambre au cancert musical, sous l'immense salle couverte du Méchouar. Au programme MOZART est à l'honneur à partir de 20 heures avec son Figaro et sa flûte enchantée
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Reportage photographique d'Abdelkader Mana, du vendredi 30 avril 2010

02:23 Écrit par elhajthami dans Musique, Reportage photographique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique, photographie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook