ABDELKADER MANA

07/11/2014

Mort de l’essayiste et romancier Abdelwahab Meddeb (1946-2014)

Photographie non datée d'Abdelwahab Meddeb, fournie par sa famille.

Poète, islamologue, essayiste et romancier, né en 1946 à Tunis, Abdelwahab Meddeb est mort à la clinique Bizet, à Paris, mercredi 5 novembre, d’un cancer du poumon. Grand érudit, pétri de culturemusulmane et occidentale, il plaidait sans relâche pour un Islam des Lumières, un dialogue des civilisations face au choc des nations, des images et des représentations. Abdelwahab Meddeb a enseigné la littérature comparée à l'université Paris-X-Nanterre, dirigé la revue Dédale et produit l'émission « Cultures d'Islam », sur France Culture. Il est l'auteur d’une trentaine d’ouvrages, dont Talismano (Christian Bourgois, 1979),Contre-prêches (Seuil, 2006), Sortir de la malédiction. L'Islam entre civilisation et barbarie (Seuil, 2008), Pari de civilisation (Seuil, 2009),Printemps de Tunis, la métamorphose de l’histoire (Albin Michel, 2011) et une Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours(Albin Michel, avec Benjamin Stora, 2013).

Passionné par la littérature la plus exigeante, ce sont les attentats du 11 septembre 2001 qui conduisirent ce poète et romancier franco-tunisien àdescendre dans l’arène des débats. « Si, selon Voltaire, l'intolérance fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l'Allemagne, l'intégrisme est la maladie de l'islam », écrivait-il en ouverture à La Maladie de l’islam (Seuil, 2002), son ouvrage-phare, dans lequel il invitait le monde musulman à balayer « devant sa porte » et à rompre avec la spirale de la violence et du ressentiment. Il ne cessa de combattre l’islamisme radical, tout comme le mépris ignare pour les musulmans dans lequel se complaisent certains intellectuels français.

« Je porte en moi la maladie de l’islam »

Une position singulière, qui lui valut d’avoir des adversaires dans chaque camp. Mais aussi de nombreux amis et soutiens, tels l’islamologue Christian Jambet, le philosophe Jean-Luc Nancy, l’historien d’art Jean-Hubert Martin, l’essayiste Olivier Mongin, ancien directeur d’Esprit, qui lui proposa d’entrer dans le comité de rédaction de la revue. Ou encore le musicien Michel Portal, qui vint jouer Mozart et Schubert et improviser à la clarinette dans sa chambre d’hôpital, afin d’apaiser les souffrances de cet irréductible amoureux des arts.

« Je porte en moi la maladie de l’islam », disait-il encore alors qu’il luttait contre son cancer. Dans une dernière tribune, parue le 9 octobre dans Le Monde à la suite de l’exécution de l’otage Hervé Gourdel, il enjoignait aux siens de « protester, en tant que musulman, ces horreurs puissent être faites en notre nom » et de ne pas cesser à « transmettre les merveilles de l’Islam ».

Pour lutter contre le littéralisme et l’intégrisme, séparer le politique du théologique, il propose de chercher dans la tradition du soufisme d’Ibn Arabi (1165-1240) notamment, la voie d’un islam ouvert à la pluralité des mondes. Cette préoccupation est au cœur du Portrait du poète en soufi, son dernier ouvrage, qui vient de paraître aux éditions Belin (181 pages, 19 euros), dans lequel un poète nomade s’adresse à Aya, sujet de son amour : « Quand tu donnes tu donnes tout/C’est la passion qui te meut. » Un vers qui va comme un gant à Abdelwahab Meddeb, qui fut toute sa vie animé par la passion de l’Islam et dévoré par sa maladie.

Photographie non datée d'Abdelwahab Meddeb, fournie par sa famille.

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03/10/2014

La Suède va reconnaître l'« Etat de Palestine »

La Suède va reconnaître l'« Etat de Palestine ». C'est ce qu'a annoncé, vendredi 3 octobre 2014, le premier ministre, Stefan Löfven, soulignant que la solution au conflit israélo-palestinien passait par la création de deux Etats.

« Une solution à deux Etats suppose une reconnaissance mutuelle et la volonté d'une coexistence pacifique. C'est pourquoi la Suède va reconnaître l'Etat de Palestine. »

Cela doit se faire dans le respect « des exigences légitimes à la fois des Palestiniens et des Israéliens quant à leur autodétermination et leur sécurité », a-t-il précisé.

UN GOUVERNEMENT PLUS FAVORABLE À LA CAUSE PALESTINIENNE

Le nouveau gouvernement, formé vendredi, qui allie sociaux-démocrates et écologistes, est plus favorable à la cause palestinienne que le précédent, qui suivait la ligne des pays d'Europe de l'Ouest sur la question.

La reconnaissance de l'Etat palestinien et le soutien « actif au travail de réconciliation » comptent parmi les priorités du parti social-démocrate, qui souhaite également que « les crimes de guerre d'Israël soient examinés et l'occupation de Gaza levée ».

 

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26/09/2014

Mort d'Hervé Gourdel : « UNE OFFENSE À L'ISLAM »halte à la barbarie!

Un sondage en ligne du « Figaro » après la mort de l'otage français Hervé Gourdel a relancé le débat sur cette question.

« Vous avez fait à tort de l'islam une religion de dureté, brutalité, torture et meurtreC'est une grosse erreur et une offense à l'islam, aux musulmans et au monde entier. »

Le groupe djihadiste État islamique (EI) commet des exécutions de masse, enlève des femmes et des jeunes filles pour en faire des esclaves sexuels et enrôle des enfants pour combattre dans ses rangs, et ces violations systématiques, qualifiées d'"effarantes", s'apparentent à des crimes de guerre et à des crimes contre l'humanité, estiment les Nations unies.

L'exécution d'Hervé Gourdel en Algérie par le groupe djihadiste Jund Al-Khalifa a été unaniment condamné par la classe politique française, et a suscité une vive émotion en France, en premier lieu dans le village du défunt.

Très tôt après l'annonce de sa mort, les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) ont aussi fermement condamné cet acte.

« RÉPULSION »

L'organisation a ainsi appelé à un rassemblement, vendredi à 14 h 45 devant la mosquée de Paris, pour « un moment de recueillement et de solidarité » entre « les musulmans et leurs amis » en hommage au Français tué. « Je suis dans une colère noire, j'ai la rage contre ces criminels, ces assassins d'une organisation qu'on peut appeler Daech ou Etat islamique, qui n'a rien à voiravec l'islam ni aucune religion », peut-on lire dans le Libération du 25 septembre, de la part d'un des responsables du CFCM.

C'est également dans ce quotidien qu'avait été lancé, le 16 septembre, un« appel des musulmans de France » signé par une dizaine d'organisations françaises appelant à « l'unité face au terrorisme et à la barbarie » de l'Etat islamique. « Nous, musulmans de France, ne pouvons qu'exprimer notre répulsion et dénoncer avec la dernière énergie des crimes abominables perpétrés au nom d'une religion dont les fondements mêmes sont la paix, la miséricorde et le respect de la vie », a par ailleurs lancé un collectif dans Le Figaro.

#PASENMONNOM

Dans le même temps, plusieurs Français se joignaient au mouvement « Not In My Name », lancé le 10 septembre par l'organisation britannique Active Change Fondation (ACF). Face à la communication perfectionnée de l'Etat islamique, maniant les réseaux sociaux pour diffuser sa propagande et ses vidéos d'otages exécutés, ACF avait incité la communauté musulmane à se démarquervigoureusement des djihadistes – en utilisant le mot clé #notinmyname surTwitter, Instagram et d'autres plateformes.

Après l'annonce de la mort d'Hervé Gourdel, la traduction française du mot-clé (« Pas en mon nom ») a été largement reprise – notamment dans un tweet du rappeur Mokobé, du 113, qui a été partagé des centaines de fois (parmi les 1 500 utilisations du mot-clé #pasenmonnom). Le message du rappeur reprend celui d'une page Facebook« Etat islamique d'Irak : Pas en mon nom ».

La démarche ne fait pas l'unanimité. Jeudi 25 septembre, le Collectif contre l'islamophobie en France a diffusé un communiqué dénonçant « un mot-clé dont le but serait de se 'désolidariser' des crimes commis par le groupe terroriste Daesh et ses alliés. Il serait temps d'arrêter de culpabiliser les musulmans pour des actes dont ils ne sont pas responsables ».

SONDAGE « MALADROIT » DU « FIGARO »

Pour d'autres, à l'inverse, ces publications dans les médias ou cette utilisation des réseaux sociaux ne sont pas une réponse suffisante. Alors que la députéUMP Nadine Morano exprimait mercredi soir son souhait de voir « les musulmans (...) entrer en guerre contre les islamistes terroristes qui se servent de leur religon pour justifier leur barbarie », un journaliste du Figaros'interrogeait : « L'assassinat d'Hervé Gourdel incitera-t-il les musulmans de France à descendre enfin dans la rue pour dénoncer les barbares ? » 

Cette réaction est intervenue avant l'appel au rassemblement du CFCM en la mémoire de l'otage français. Le lendemain, la « une » du Figaro.fr affichait toutefois un sondage à la tonalité similaire, demandant aux lecteurs : « Estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? » Une question (également présente dans une interview du Figaro au recteur de la Grande Mosquée de Lyon) à laquelle 1 677 « votants » avaient répondu « non » à 92 %. 

Après le tollé suscité par une telle formulation (critiquée sur Twitter par de nombreux journalistes français, des figures comme Maître Eolas – « quelle honte » – et des politiques comme Cécile Duflot – « irresponsable et indécent »–, Le Figaro a décidé de dépublier ce sondage « pouvant prêter à des interpétations regrettables », selon la formule employée par le quotidien sur son compte Facebook.

Lire : Le « Figaro » admet une « formulation maladroite » de son sondage

« SUSPICION »

Rue89 a toutefois profité de l'occasion pour publier un texte dénonçant « l'islamophobie » dans la démarche du site d'information, et en creux, de ceux qui demandent des comptes aux musulmans français après l'exécution d'Hervé Gourdel en Algérie.

« La logique à l'œuvre dans tout cela est terrible. Elle présuppose que les musulmans seraient, par défaut, solidaires des actes des terroristes. Elle présuppose que tout musulman est relié au terrorisme islamiste et qu'il doit publiquement couper ce lien. Elle présuppose une suspicion a priori. Une suspicion qui est parfois explicite mais qui est le plus souvent sourde, voire intériorisée par les musulmans eux-mêmes. »

Sur France 24, on trouve également la réaction d'un étudiant s'interrogeant après la lecture du sondage du Figaro :

« Non, je n'irai pas manifester devant la Mosquée de Paris. Si je dois y aller, c'est en tant que Français, horrifié qu'on ait égorgé un autre Français. Pas en tant que musulman. Est-ce qu'on demande aux chrétiens d'aller manifester pourdénoncer les crimes du Ku Klux Klan ? »

 Un collectif de musulmans de France : 

« Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie »

Ils sont médecins, politiques, avocats, français et musulmans. Ils expriment avec la plus grande force la répulsion que leur inspire l'assassinat d'Hervé Gourdel.

Un de nos compatriotes, tombé entre les mains d'un groupe de barbares fanatisés, vient d'être assassiné et a rejoint ainsi la liste des otages qui ont servi d'exutoire au nom d'un prétendu islam dans lequel aucun de nous ne se reconnaît nullement. Nous musulmans de France, ne pouvons qu'exprimer notre répulsion et dénoncer avec la dernière énergie des crimes abominables perpétrés au nom d'une religion dont les fondements mêmes sont la paix, la miséricorde et le respect de la vie.

Nous dénions à ces êtres sauvages le droit de se revendiquer de l'islam et de s'exprimer en notre nom. Les supplices et la mort qu'ils ont infligés à nos frères chrétiens, yazidis ou musulmans, en Syrie, en Irak, au Nigeria et ailleurs, nous ont révulsés et nous ont rendus encore plus malheureux de ne pouvoir faire rien d'autre que d'exprimer notre solidarité et notre immense compassion.

Faut-il pour autant se contenter d'exprimer notre solidarité sans aller plus loin dans l'expression de notre fraternité? Non! Car il est de notre devoir, au nom précisément de cette religion de paix et du véritable islam, d'appeler tous les musulmans qui veulent rester fidèles à ces valeurs cardinales, à exprimer, là où ils sont et quelles que soient les circonstances, leur dégoût devant cette ultime manifestation de la barbarie.

Il est de notre devoir, au nom précisément de cette religion de paix et du véritable islam, d'appeler tous les musulmans qui veulent rester fidèles à ces valeurs cardinales, à exprimer, là où ils sont et quelles que soient les circonstances, leur dégoût devant cette ultime manifestation de la barbarie.

Certes, cette majorité de musulmans n'est pas toujours audible, faute d'avoir accès aux médias, ou dans l'incapacité de créer elle-même ses propres outils de communication, pour rétablir l'image déformée que l'on renvoie d'eux et qui en fait soit des djihadistes, soit des fondamentalistes mais jamais des citoyens ordinaires soucieux de vivre leur foi dans le cadre des lois de la République et de sauvegarder les traditions et les cultures qui constituent chaque citoyen français dans la diversité de ses origines.

Nous, Français de France et de confession musulmane, tenons à exprimer avec force notre totale solidarité avec toutes les victimes de cette horde de barbares, soldats perdus d'un prétendu État islamique, et dénonçons avec la dernière énergie toutes les exactions commises au nom d'une idéologie meurtrière qui se cache derrière la religion islamique en confisquant son vocabulaire.

 

Personne ne peut s'arroger le droit de s'exprimer en notre nom, et, pour mieux attester de notre solidarité dans les circonstances dramatiques actuelles, nous revendiquons l'honneur de dire que «nous sommes aussi de sales Français».

 

 

06:22 Écrit par elhajthami | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook