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22/11/2011

Ce documentaire que 2M a refusé de diffuser

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La victoire éclatante d’Abd-el-krim à la bataille d’Anoual, fut partout interprétée comme une revanche non seulement du Rif sur l’Espagne, mais de tout le monde musulman opprimé sous le joug colonial . Jusqu’en Perse on applaudit à la ténacité de ses montagnards contre les troupes européennes.« La guerre du Rif » est l’un des évènements les plus importants  signalés par la « chronique du 20èmesiècle » . On peut y lire à la date du 19 septembre 1921 :« La victoire militaire sur les espagnols en juillet, permet à Abd-el-Krim-el khattabi de constituer un pouvoir politique scellant l’union des différentes tribus. Fils de Cadi Abd-el-krim appartient à la tribu des Bni Wariaghel. Il prit la tête de la rébellion du Rif ; cette zone de dissidence traditionnelle, « Bled Siba », compte environ trois millions d’habitants. « cette victoire éclatante, fait trembler l’Europe et la chrétienté : elle sert d’exemple et constitue un encouragement pour tous les peuples musulmans opprimés. » écrit l’Algérien Messali Hadj. »

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Abd-el-krim, le héros de la Bataille d'Anoual

Pour les milieux coloniaux, le désastre d’Anoual reste inexplicable. Le Libéral, du 23 septembre 1921 écrit :« On ne s’explique pas en Europe comment une armée de 24 000 hommes, avec son artillerie, ses aéroplanes, et ses mitrailleuses ait pu être maltraitée par une horde de montagnards. Le désastre d’Anoual a eu de telles conséquences, qu’on peut sans exagération aucune, le considérer comme un des évènements les plus importants de l’histoire de l’Espagne de ces cinquante dernières années. »

Pour le général Luque, il n’y a pas d’exemple dans toute l’histoire Espagnole, d’un désastre comme celui d’Anoual.Après ce désastre, Primo de Rivera parvint à la conclusion qu’Abd el krim est un danger pour la présence coloniale européenne dans tout le Maghreb.

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 « Lorsque mon vénéré père Mohamed V se trouva au Caire en 1960, il tint à visiter Abd el-Krim,  devenu une sorte de personnage de légende, et l’émir du   Rif en fut très touché. J’entretins moi-même d’excellentes relations avec la famille d’Abd el-Krim » a pu écrire Hassan II dans ses mémoires 

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Dans le dialecte marocain, Rif signifie rive, côte ou bordure ; on dit par exemple, « le rif d’un campement pour indiquer les tentes qui forment la bordure extérieure de ce campement, celles qui sont le plus près de l’ennemi et protègent le camp. Si l’on ajoute à cela que le mot Rif n’a été employé, pour désigner une partie de la côte de la Méditerranée, qu’ à partir du règne des Mérinides, on peut se demander si ce mot, n’était pas compris comme l’équivalent de ligne de défense, de boulevard de l’islam contre la chrétienté.Pour Léon l’Africain, le Rif « est une région du Royaume de Fès, qui s’étend en longueur des colonnes d’Hercule au Fleuve Nekour et en profondeur de la Méditerranée aux montagnes voisines de l’Ouergha. ». Depuis les Mérinides le terme « Rif » désigne, toute la côte Nord du Maroc faisant face à l’Andalousie reconquise par les chrétiens. Il semble que c’est à partir des Mérinides que la confédération rifaine s’est formée et que, devant les attaques des chrétiens par mer, a été constitué un Rif ; c'est-à-dire une ligne extérieure de défense pour couvrir Fès.

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Comme ailleurs au Maroc, les paysans sédentaires rifains ont conservé l’usage de l’antique calendrier julien, le long duquel s’égrènent les actes et les rites de la vie agricole : l’époque magiquement propice aux labours, les périodes néfastes où il faut se garder de travailler le sol, le moment des bénéfiques pluies de Nisân, l’instant heureux des moissons , et enfin le jour de la « mort de la terre », après lequel tout est brûlé ;  mort jusqu’à la résurrection aux  premières gouttes de la pluie automnale.

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 le Rif se caractérise par des vallées compartimentées et surpeuplées, où les cultures ne suffisent pas aux besoins et contraignaient une grande partie des montagnards à l’émigration. On n’a pas ici de villages au sens habituel du mot, mais seulement des maisons dispersée « comme des étoiles dans le ciel ». Cette forme de la vie humaine matérialise sur le terrain, l’esprit d’indépendance et la fierté des Rifains.

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 Le cheikh Moussa est actuellement le plus célèbre à Nador. Il est accompagné de l’Azemmar, une sorte de biniou, munit de deux cornes d’antilopes. On appelle le chant rifain «  izri « (pluriel ; « izran »). En voici un qui fut composé, en 1911, à l’occasion de la mort du Chérif Mohamed Ameziane, le chef de la résistance rifaine contre l’Espagne, au début du 20ème siècle :

Sidi Mohamed Ameziane est mort !

Nous ne pouvons honorer son tombeau

L’ennemi ayant  emporté sa dépouille

Dans les villes pour la photographier !

Par Dieu ! Ô Mouh fils de Messaoud !

Rends nous son corps afin que nous le vénérions !

Sidi Mohamed Ameziane qui avait levé l’étendard de la guerre sainte contre les espagnols, tomba dans une embuscade avec trente de ses compagnons. Son corps n’ayant pas été retrouvé, le bruit couru dans le Rif que les chrétiens avaient emporter sa dépouille pour l’exposer dans leur pays et la photographier.

C’est le 15 mai 1912 qu’étant sorti, apparemment pour une reconnaissance, Mohamed Amezian se heurta à une troupe adverse qu’il ne pouvait, vu son grand nombre, ni affronter ni esquiver. S’avisant cependant que c’était des Rifains, de ces « régulares » enrôlés par l’Espagne, il se porta vers eux en faisant de grands signes, comme s’il se proposait de leur parler. Mais il tomba frappé à mort, avant d’avoir été ni reconnu ni entendu. Ce n’est qu’alors qu’un des « regulares », en s’approchant, l’examina et su que c’était lui. Identifié, le corps fut aussitôt porté à Melilla où, si l’on croit la tradition rifaine, on l’exposa publiquement. Et quelques jour plus tard, on l’envoya à Seghenghen pour son inhumation.

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 Combattants rifains de la tribu des Beni Saïd rendant les armes

On racontait aussi, dans les veillées comment, ayant franchi le Kert avec une grosse escorte, il s’était installé pour la nuit, dans un village, chez les Beni Sidel. Mais avisés de sa présence par un espion, les Espagnols, grâce à l’obscurité, affluèrent de partout, fermant le cercle autour de lui. Quand Amezian s’en aperçut, il rassembla ses hommes et demanda des volontaires pour mourir avec lui dans son dernier combat. Demeuré, avec eux, il acheva sa nuit dans la prière, puis, au matin, il se battit en attendant la mort. Quand l’ennemi vint relever son corps, il trouva, ô prodige, le cheval du héros qui pleurait sur son maître et qui ne voulait pas se séparer de lui. On dit aussi que rien, après sa mort, n’a jamais plus poussé autour du lieu où il tomba, car la Nature en deuil ne se consolait pas.

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Abd el krim du temps où il vivait à Melilia

Mohamed – Si Mohand dans le Rif- était né en 1882. De ses années d’enfance et de jeunesse, on sait sans plus, qu’il les passa dans la maison d’Ajdir, à l’ombre de son père. Le grand tournant pour lui, fut à n’en pas douter, le séjour  effectué à Fès. Après trois ans d’étude dans la mosquée Qaraxiyine, il était de venu en 1915, le na’ib du qadi qudat du Presidio espagnol de Melilla. Quand il quitta Melilla à la fin de 1èreguerre mondiale, pour n’y jamais retourner, et rentra chez lui, à Ajdir, il était déjà un protonationaliste marocain.

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Abd el krim à Melilia durant une célébration Espagnole officielle: 1 Abd el krim, 3 capitaine Pomes, mort à Selouan, 4 capitaine Huelva mort à Aberran .Mohamed Ben Abd el-Krim venait chaque année fêter la fin du Ramadan et profiter de son congé pour épauler son père. Un officier turc, émissaire clandestin, vint voir Abd el-Krim à Ajdir, en novembre 1914. Le visiteur voulait savoir si l’on pouvait au Maroc même, espérer un appui pour une action contre la France, à partir des régions que l’Espagne, dans sa zone n’occupait pas encore. Il lui fut répondu, qu’avec l’aide matérielle fournie par la Turquie de Mustafa  Ata Turk , il serait très facile de soulever le Rif.

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Au sommet du Jbal Qama,les rifains firent le grand serment de demeurer unis et de se battre jusqu’au bout. Les auteurs du serment d’El Qama, « frappaient » ainsi la première effigie du chef de guerre, qui deviendrait Abd el krim de l’histoire.

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C’est le 27 février 1920 que le Cadi Abd el – Krim avait franchi le rubican comme l’annonce en quelques mots un télégramme de Nokour: « Si Mohand el Khattabi et son oncle Abdessalam avaient quitté Ajdir et faisaient route vers la « Harka », mot qui désignait les formations de Marocains en armes. Autrement dit Si Mohand et son oncle étaient montés au front. Désormais le Cadi Abd el-krim commandait au front. « Plutôt la mort, répétait Abd el-krim, que de se rendre aux espagnols ». Abd el-krim n’a réussi à grandir et à s’imposer qu’en prêchant la lutte contre l’Espagne.Depuis le début du mouvement le chef rifain a su imposer la paix intérieure grâce à son prestige : les guerriers des Beni Ouariyaghel ont fait preuve à la fois d’un parfait mépris de la mort et d’une réelle discipline.

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 Quasiment prisonnière dans sa ceinture de fortifications, Melilla, jadis, ne respirait que par la mer, d’où tout le nécessaire de la vie quotidienne devait lui parvenir. Mais en dix ans, grâce aux progrès de la conquête, elle était devenue capitale d’une région représentant, de l’oued Kert à la basse Moulouya, et du Guerrouaou à la pointe des trois fourches, plusieurs milliers de kilomètres carrés. Manquant de tout naguère, y compris l’eau courante, elle trouvait maintenant, dans cet arrière pays, les conditions lui permettant de se peupler et de s’étendre en vue de recevoir une forte armée d’occupation. Durant sept ans, entre 1912 et 1919, sous Jordana et sous le général Aizpuru, commandant de Melilla à la veille de la guerre du Rif, deux progressions eurent lieu vers le Sud : sur les étendues plates des Beni Bou Yahi et de leurs voisins Metalsa.

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Le passage du train par Dar Drius en 1919

Le territoire conquis est maintenant parsemé de positions, de garnisons, de points de colonisation que reliaient, des routes, des pistes et même une voie ferrée, offrait pour la manœuvre toutes les ressources dont peut user la stratégie. Beranguer avait dès 1919, dressé un plan pour une occupation de la région de Tafersit ou la localité de Dar Drius servirait de pivot pour la manœuvre au Nord, tandis qu’à  Ben Taieb, Tafersit et Azib Midar, des positions colmateraient sur son flanc gauche toutes les issues de la montagne qui menaçaient la progression. Ce fut le plan qu’en arrivant, eut à exécuter le général Silvestre. Le premier band prévu devait conduire à Sidi Driss, sur l’embouchure de l’Amekrane, à une dizaine de kilomètres vers le Nord d’Anoual. Situé sur la côte, la position à établir là bas formerait une base rapprochée, où lui viendrait ensuite, par la voie maritime, le gros de son ravitaillement.

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Défilé à Dar Drius en 1919

Les espagnoles envisageaient de relier Melilla à la baie d’Al Huceima par voie de terre Pour leur barrer la route, fin janvier 1921, quelques centaines de combattants Beni Ouariyaghel vinrent s’établir sur la hauteur du Jebel El Qama. Ils faisaient face aux nouvelles positions  espagnols, dont Anoual, la principale et la plus proche. C’est au Jbel El Qama , de février à mai 1921, que s’affermit le pouvoir de Mohamed Ben Abd el krim sur les tribus du Rif. Il imposa tant chez les siens, les Beni Ouariyaghel, que chez les Temsamane, une justice sociale qu’il exerça lui-même selon le « Chraa », loi de l’Islam.

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Sylvestre, dont le quartier général était à Anoual

Pendant que le général Beranguer progressait sur la côte Ouest, le général Fernandez Silvestre avait pour mission d’avancer depuis Melilla vers Al Huceima.Dans une interview paru dans le « Telegrama » du 7 avril 1921, le général Silvestre déclare :

« Nous allons ce printemps franchir la ligne qui sépare les bassins de l’oued Nokour et l’oued Amekrane. Certaines fractions Beni Wariyaghel voudront probablement nous barrer le passage, et il faudra alors livrer bataille. Mais dés que nous aurons atteint l’autre versant, nous gagnerons très vite la baie d’Al Huceima qu’on peut considérer comme un fruit mûr. »

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Bien au-delà de l’oued Kert, dans la tribu des Metalsa, où s’est replié le Chérif Mohamed Amezian, en novembre 1909, l’Espagne disposait de deux bases insulaires qui lui servaient d’observatoires : le rocher de Badis et celui de Nokour. De celui-ci surtout, au territoire des Beqqioua et des Beni Ouaryaghel tout proche, avait fini par s’établir ouvertement un va et vient de marchandises et de personnes qui, en plus des nouvelles qu’il permettait de recueillir, faisait,en soi, par ses fluctuation, office de baromètre de l’attitude Rifaine vis-à-vis de l’Espagne. La fraction Aït Khattab des Beni Ouariaghel se situe précisèment, autour de la bourgade d’Ajdir, exactement en facedel’îlot de Nokour.Les espagnoles avaient pénétré à partir du rocher de Nokour. A travers les Béni Wariyaghel. Ils ont aussi pénétré à partir de Melilla. C’est ce qu’on nous racontait. Lors de leur avancée, ils furent combattus par les Metalsa, les Temsaman, et les Béni Waryaghel. Tous combattaient les espagnols, d’après ce qu’on nous racontait. Ils les combattaient à chaque étape de leur avancée. Les envahisseurs s’approchaient de Aïn Zorah, et c’est là que leur avancée était brisée. Ce fut le cas aussi à Aruit. D’après ce qu’on nous raconte, Aruit fut un désastre pour les espagnoles. Un dicton dit : « Oued Aruit ruisselle de sang. »

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Ajdir est aujourd’hui la résidence d’Abd – el – Krim , l’organisateur du soulèvement de juillet dernier. Que se passe – t – il exactement entre Abd – el – krim et le général Silvestre ? Le général, beau sabreur, n’avait que du mépris pour ses adversaires et on peut supposer que des prétentions à une autonomie plus ou moins étendue du Rif central, ne devait pas trouver auprès de lui un accueil très favorable ; Abd – el – krim l’apprit à ses dépends, on a même raconté que le général le malmena rudement. Le cadet fut rappelé précipitamment à Madrid et revint à la maison paternelle d’Ajdir.

C’est peut – être à ce moment là que germa, dans l’esprit d’Abd – el – krim, l’idée de s’opposer à la marche en avant du Général Silvestre d’abord, pour se venger des mauvais traitements qu’il avait reçu et aussi pour essayer de conquérir par la force ce qu’on lui avait refusé : l’indépendances des Bén Ouaryaghel et la libre disposition des richesses du sous sol, dont les Allemands lui avaient appris à apprécier la valeur.

Si les Espagnols veulent rechercher quelles sont les origines du soulèvement qui débuta par la défaite de  Dhar Ouberran et eu son couronnement un mois plus tard, à Anoual, à Nador, à Selouane, à Mont Arruit, ils devront se donner la peine de remonter à une dizaine d’années, alors qu’ils marquaient le pas sur les rives du Kert et que les frères Manesmann, plus heureux prospectaient la région d’Al Huceima sous la protection du père d’Abd – el – krim.

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Le caid Amar des Mtalsa et le général Aizpuru

On voit ici , le général Aïzpuru, commandant de Melilla, à la veille de la guerre du Rif, en compagnie du caïd des Metalsa.Durant sept ans, entre 1912 et 1919, deux progressions eurent lieu vers le sud : sur les étendues plates des Bni Bou Yahi et de leurs voisins Metalsa. Le territoire conquis est maintenant parsemé de positions, de garnisons, de points de colonisation que reliaient, des routes, des pistes et même une voie ferrée, offrait pour la manœuvre toutes les ressources dont peut user la stratégie. Beranger avait, dés 1919, dressé un plan pour une occupation de la région.

Quasiment prisonnière dans sa ceinture de fortifications, Melilla, jadis, ne respirait que par la mer, d’où tout le nécessaire de la vie quotidienne devait lui parvenir. Mais en dix ans, grâce aux progrès de la conquête, elle était devenue capitale d’une région représentant, de l’oued Kert à la basse Moulouya, plusieurs milliers de kilomètres carrés, lui permettant de recevoir une forte armée d’occupation.

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Abd el Krim dirigeait alors à Melilla,  la section arabe du journal El Telegrama del Rif, et  reçoit la croix du mérite militaire.Durant toute la première guerre, il se montra grand ami d’Abd el-Malek, le fils de l’émir Abd el-Kader qui menait le combat contre le colonialisme français dans la trouée de Taza. C’est à cette époque qu’il rentre en rupture de ban, fait ses premiers séjours en prison à Melilla, se fixe pour finir dans un village écarté, muni d’une solide haine envers le système colonial. Après s’être évadé de la prison où le général Silvestre l’avait jeté, il gagne la montagne et soulève sa tribu guerrière des Beni Wariyaghel, qui sera bientôt suivie par les autres tribus du Rif.

 A la veille de la bataille d’Anoual, on assiste au défilé d’une colonne Beranger, à Dar Driouch. A partir de cette position, les espagnols avaient le contrôle de l’oued Kert , où s’était replié le chérif Mohamed  Ameziane, en 1919. Les Espagnols envisageaient de relier Melilla à la baie d’Al Huceima par voie de terre.. Pour leur barrer la route, fin janvier 1921, des combattants Beni Ouariyaghel vinrent s’établir sur la hauteur du Jebel El Qama. Un poème rifain de l’époque relate ces manœuvres espagnoles :

Le roumi fait souga, il a pris Tizi Azza.

Il veut faire le thé, avec de l’eau d’Oulma,

Moujahidines au combat !  À quoi bon la vie.

Le plan Beranger que devait exécuter en arrivant le général Silvestre, consiste en un premier bond qui devait conduire à Sidi Driss, sur l’embouchure de l’Amekrane, à une dizaine de kilomètres vers le nord d’Anoual. La position formerait une base rapprochée, où lui viendrait ensuite, par voie maritime, le gros de son ravitaillement.

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Certains notables accueillant à Sidi Driss, les généraux Silvestre et Navarro, et le colonel Moralès.

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 Débarquement de l'artillerie espagnole à Afrau

Les premiers débarquements de l’artillerie eurent lieu à la plage d’Afraou à l’Est de Sidi Driss. A partir de cette position, les espagnoles prirent d’assaut, le piton de « Dhar Oubarran », qui surplombe à la fois les rivages et l’intérieur du pays.

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 Sur le « Abda », le navire qui le menait vers l’exile, Abd el krim, raconte en ces termes, l’épisode de « Dhar Ouberran », la première grande victoire des rifains :

« Les espagnols venaient d’occuper Dhar Ouberran, en pays Tamsamane, point stratégique et politique de toute première importance. Je me proposais sur le champ, de leur disputer cette position. La partie était risquée. Je disposais à cette heure, de 300 guerriers. Je revins me mettre à leur tête. Et malgré ma pauvreté en munitions, je déclenchais la contre attaque. Après un combat des plus durs, ma troupe réoccupa Dhar Ouberran. »

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 « Dhar Ouberran », montagne située dans la commune de Bou Dinar: son nom  signifie « la huppe du perdreau », parce que seul son sommet est couvert d’arbres faisant penser à la tête huppée de cet oiseau..C'était la première position occupée par les espagnols dans le Rif. Cette montagne surplombe la Méditerranée d’un côté et le Rif de l’autre. A l’époque les espagnoles avaient cru qu’en occupant cette position, ils allaient dominer la région entière.

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Quiconque occupe cette position, domine toute la région : c’est un balcon sur la Méditerranée d’un côté, et sur toute la province de Nador de l’autre. Une position stratégique très importante. C’est là que les rifains avaient récupérer les armes sur l’ennemi : les armes pris aux espagnols à « Dhar Ouberran » ont permis par la suite de mener la bataille d’Anoual.

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C’est le général Silvestre qui dirigeait les opérations, côté espagnol.« Dans cette première grande bataille, relate Abd el krim,  les Espagnols avaient perdu 400 hommes dont 2 capitaines et 4 lieutenants. Quant au butin, il fut précieux pour nous : une batterie de 65 de montagne, des fusils Mauser tout neufs, environ 60 000 cartouches, des obus, des médicaments et des vivres de campagne ! Et vraiment tout cela n’était rien encore en comparaison de l’effet moral de cette victoire. Notre succès était si imprévu, si peu vraisemblable, que les Espagnols ne s’étaient même pas fortifiés à Dhar Ouberran. Encouragées par la victoire, nos troupes, maintenant voulaient attaquer. Et si bien, que de leur propre initiative, elles dessinaient déjà une offensive en direction d’Anoual et de Sidi Driss.Ayant vu la débandade espagnole, les autres fractions Tamsamane, se joignirent à nous : le bloc rifain se constituait. »

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Le lendemain de leur premier combat, les vainqueurs d’Ouberrane, s’étaient portés sur Sidi Driss, position avancée de Silvestre. Inaugurant une tactique qui deviendra la règle : tirailler le jour durant, puis monter à l’assaut la nuit. Mais soudain, vers trois heures du matin, ils cessèrent le combat. C’est qu’ils étaient pressés de s’en aller passer en famille, la nuit du destin, sacrée entre toutes.

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La suite des évènements est racontée en ces termes par Mohamed Ben Abd el krim :« Les Espagnols avaient massé à Igherriben, au Sud d’Anoual, une colonne extrêmement forte qui constituait en quelque sorte les avants postes de l’armée Sylvestre, dont le quartier général était à Anoual. J’étais informé que le ravitaillement des troupes espagnoles était défectueux, que peut – être même il ne s’opérait déjà plus, et que celles –ci n’avaient que pour quatre jours de vivres. Je savais aussi à quelle inquiétude elle était en proie, s’attendant d’une minute à l’autre, à voir  se soulever contre elle la population du pays qu’elle occupait. Pour accroître leur angoisse et rendre leu situation plus critique, je décide de couper leur communication avec Tizi Azza, leur base de ravitaillement. Et brusquement j’occupe la côte entre Anoual et Igherriben. Effrayé des conséquences de cette manœuvre, le général Sylvestre ordonne immédiatement d’engager une opération désespérée, à gros effectifs. Il met en ligne environ 10 000 hommes, avec cavalerie et artillerie. Je ne dispose, moi, que de 1000 guerriers, mais, en seconde ligne, j’ai maintenant des réserves et l’appoint de tout le pays. »

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Le 22 juillet 1921, le général Sylvestre décide de se replier de la base d’Anoual, vers la base arrière de Ben Taieb. A la sortie du camp d’Anoual, les « Régularès », formés de mercenaires rifains, ouvrent le feu en tirant dans le tas. Un tirailleur espagnol raconte :

« A l’entrée du défilée, l’afflux des unités auxquelles étaient mêlés des cavaliers perdus, des attelages et des camions autos, ainsi que des mulets chargés de leurs blessés, créa dans cet étranglement, untel embouteillage, qu’il n’était plus possible d’organiser la marche.

Epuisés et privés de ressort, nombre de bêtes tombaient dans les ravins. Des véhicules tombaient en panne. D’autres étaient brisés sur les tranchés creusés par l’ennemi à travers la route.

Dans une mer de poussière, les rifains venaient tirer hors du chemin des mulets et des hommes, raflaient des armes, dont bien des nôtres exténués, se défaisaient d’eux- mêmes. Jusqu’aux femmes Mauresques, qui prenaient part à ce pillage et à ce rapt. »

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La position de Tizi Azza, d'octobre 1922 à septembre 1925

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La retraite dégénère en débandade. La panique s’empare des troupes démoralisées. Fernandez Silvestre, meurt – il est probable qu’il s’est suicidé – et plus de 14 000 hommes sont massacrés. Les renforts envoyés arrivent trop tard pour secourir les militaires espagnols encerclés.

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La bataille d’Anoual  va durer du 21 au 26 juillet 1921, menée par le seul courage et le bon sens. La bataille est acharnée. Chaque jour le général Sylvestre attaque, et de jour en jour avec plus de violence. Mais nos guerriers se sont fortifiés. Et ils ont un avantage capital : ils n’offrent pas de prises à l’ennemi, tandis que les Espagnols qui manoeuvrent en formations massives, éprouvent de lourdes pertes. Et tous les jours nous réalisons un riche butin.

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Le 25 juillet 1921, manquant de tout, nos ennemis doivent évacuer Igherriben qu’ils avaient réussi à réoccuper un instant. La reprise de cette position nous procure des stocks imports d’armes et de munitions. Nous faisons là nos premiers prisonniers dans cette affaire, dix ou quinze, et nous ramenons des canons.Chacun des combats livrés au cours de ces journées est cruel pour les Espagnols. Car afin de sauver le plus possible de matériel, ils contre – attaquent en se repliant et, chaque fois leurs pertes sont sévères.Dans la matinée du 26, leur défaite apparaît inévitable. Le général Sylvestre donne l’ordre d’évacuer, non seulement Anoual, mais tous les postes de la région. Au fur et à mesure de notre avance, je me suis rendu compte qu’il avait dû y être condamné, sans doute moins par notre pression que par le soulèvement des tribus qui le prenaient à revers.En effet, durant cette évacuation, il n’y eut pour ainsi dire point de baroud. L’armée Espagnole battait en retraite, littéralement affolée, dans un désarroi si complet que nos guerriers eux – mêmes avaient de la peine, en progressant si rapidement, à croire à la réalité de leur victoire, à la catastrophe où sombrait l’ennemi. Plus de cents postes tombent ainsi entre les mains de nos soldats !

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Partout la campagne est jonchée de cadavres et de blessés qui se lamentent et qui rient grâce.Les Espagnols se replient en désordre dans la direction de Melilla. L’enthousiasme de mes guerriers est à son comble, mais leur désir de vengeance est tel qu’il me faut les menacer de mort pour les empêcher de massacrer les blessés.Le désastre d’ Anoual nous rapportait 200 canons, 20 000 fusils, d’incalculables stocks d’obus et des millions de cartouches, des automobiles, des camions ; des approvisionnements en vivre à ne savoir qu’en faire ; des médicaments, du matériel de campement ; en somme l’Espagne nous fournissait, du jour au lendemain, tout ce qui nous manquait pour équiper une armée et organiser une guerre de grande envergure !

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Nous avions fait 700 prisonniers. Les Espagnols avaient à déplorer 15 000 tués et blessés. Parmi les tués se trouvait un Espagnol que j’avais beaucoup aimé, le seul d’ailleurs qui m’eût compris : le colonel Moralès. Respectueusement, je fis transporter son corps à Melilla. On n’a pas manqué de dire par la suite, que c’était de ma part une habilité pour me rapprocher des Espagnols. Il ne s’agit là que du suprême hommage à un ennemi intelligent et loyal. Tout autre commentaire serait indigne de lui et de moi.Quant aux conditions de la mort du général Sylvestre, qui succomba au cours de la bataille avec son état – major, je ne les connais point. C’est un petit Rifain qui vint nous informé qu’il avait découvert le corps d’un général tombé au milieu de ses officiers, et il me remit son ceinturon et ses étoiles. Quand je parcouru le terrain, à la fin du combat, il me fut impossible sur ses indications, de retrouver le corps et d’identifier les restes du général.Nous dirigeâmes les prisonniers, partie sur Anoual, partie sur Ajdir.

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Et durant les premiers temps de leur captivité, c’est grâce à l’énorme ravitaillement pris à l’ennemi que nous avons pu les nourrir et leur éviter des privations.

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Le terrain fortement accidenté où s'est déroulée la bataille d'Anoual

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Le 22 juillet 1921, le général Silvestre décide de se replier de la base d’Anoual vers Ben Taeb, base arrière située au – delà d’un chaînon montagneux, à une quinzaine de kilomètre à vol d’oiseau, à l’Est. A la sortie du camp d’Anoual, les « Regulares » formés de mercenaires rifains, ouvrent le feu en tirant dans le tas.

Un tirailleur commandant de batterie raconte :

« à l’entrée du défilé, l’afflux des unités auxquels étaient mêlés des cavaliers perdus, des attelages et des camions autos, ainsi que des mulets chargés de leurs blessés, réa dans cet étranglement, un tel embouteillage, qu’il ne fut plus possible d’organiser la marche ou de refaire les rangs. Epuisées et privées de ressort, nombre de bêtes tombaient dans les ravins. Des véhicules tombaient en panne. D’autres s’étaient brisés sur les tranchées creusées par l’ennemi à travers la route. Autant d’obstacles qui entravaient la marche. Or plus  avant la route s’enfonça dans le creux d’un ravin sablonneux où les pas soulevèrent une mer de poussière. C’est là que fut atteint le comble du désordre. Les indigènes du voisinage avec certains de nos soldats rifains, venaient tirer hors du chemin, des mulets et des hommes, puis ils les emmenaient raflant aussi des armes dont  bien des nôtres, exténués, se défaisaient d’ailleurs d’eux – mêmes. Jusqu’aux femmes mauresques qui prenaient part à ces pillages et à ces rapts. » Défection de tous les mercenaires, soit un bon tiers de l’effectif, passé à l’ennemi, et devenu son fer de lance. Ben Abd el krim dira qu’il retrouva parmi les morts, le corps de « son ami », le Colonel Gabriel Morales, mais non celui du Général sylvestre, dont plus personne n’a jamais retrouver la trace. Le régiment de cavalier fraîchement arrivé, fut lui-même entraîné par le flot qui déferle sur Ben Taieb. Delà il ne restait qu’une dizaine de kilomètres pour aboutir à Dar Driouch, position bien fortifiée, dotée d’une suffisante garnison, avec des munitions et de l’eau du Kert qui coulait à portée. Les fuyards n’étaient pas encore parvenus à Dar Driouch, que la rumeur de leur mésaventure avait déjà atteint chaque recoin du Rif et y sonnait comme un tocsin. La ligne défensive qui assurait la maîtrise de la tribu Beni Saïd  et de la partie Nord de celle des Metalsa, se disloqua. Les autres positions jalonnant cette ligne, de Tleta Boubker, à l’extrémité sud , à Kendousi au nord, puis à Dar Kebdani, connurent également une fin tragique.

Au sortir de Driouch, la traversée de l’oued Kert ne pu se faire le 23 juillet 1921 que sous un feu nourri, au prix de grosses pertes. A Tiztoutine, à l’instar d’Anoual, les hommes de la Policia, embusqués maintenant sur les hauteurs environnantes, ils opérèrent contre les arrivants un mitraillage en règle. Pour tout le reste, ce ne fut plus qu’un sauve – qui – peut, avec pour seul but les murs de Melilla. Mais seuls y parviendraient, miraculeusement, de rares survivants. Les autres auraient fini ou massacrés, ou morts d’épuisement.

Dés le 23 juillet, la plus grosse position, celle de Dar Kebdani, chez les Beni Saïd, fut cernée de si près qu’elle demeura privées d’accès à ses points d’eau. Une fois sa reddition acquise, et les armes livrées contre la vie sauve, la garnison fut massacrée hormis les officiers. De même au sud dans la tribu des Metalsa, la garnison de Tleta Bou Beker fut attaquée dés le 23, par la population locale. Elle chercha son salut dans la fuite, vers la zone française toute proche. Elle parvint à y trouver refuge, même si durant son court trajet, elle dût abandonner des morts, des blessés et ses armes. Des dizaines d’autres positions connurent le même sort. En trois ou quatre jours la rébellion gagna Selouan et Nador, puis les faubourgs de Melilla.

C’est le 29 juillet, une semaine après la journée d’Anoual, que s’ébranla enfin depuis Batel et Tizoutine, la colonne conduite par Navaro. Quand au tiers du chemin, il atteint Jebel Aroui où restait en partie, l’élément espagnol de l’ancienne garnison, grossis déjà d’un certain nombre de rescapés divers. L’espoir était alors permis, derrière un parapet, de tenir bon jusqu’au moment où, une action de secours serait organisée. Elle ne le fut jamais. Trois à quatre mille hommes s’étaient enfermés avec le général Navaro, dans le camp deJebel Aroui. Sans eau, ni vivres, presque sans munitions, ils s’épuisaient sous la chaleur torride de l’été.

Le 1er août 1921, Abd el krim était prêt, à laisser Navaro achever sa retraite, pourvu qu’il déposa et qu’il rendit les armes. Il disait bien qu’il y aurait par contre opposition des deux tribus, Metalsa et Beni Bou Yahi, qui opéraient le siège. Metalsa et Beni Bou Yahi n’avaient connu de l’espagnol, que la violence de sa conquête et les abus de sa présence. C’était chez eux, dans la plaine du Garet, que s’était implantée presque exclusivement, la colonisation. D’où chez, plus qu’ailleurs, en territoire conquis, l’existence en grand nombre de paysans dépossédés. Les deux tribus se distinguaient en outre de l’ensemble rifain, par leur situation périphérique, par la nature de leur pays de plaine, par leur mode de vie déjà très pastoral, et par l’emploi dans le langage, non du berbère mais de l’arabe. Dés le début du sièe, Ben Abd El Krim a recommandé de capturer les armes, mais de laisser les hommes en vie. La réponse des Metalsa et des Beni Bou Yahi fut un « non » catégorique.

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 Franco fait partie des troupes appelées en renfort, pour défendre Melilla.De là, il assistera impuissant à la chute de Mont Aruit, le 9 août 1921. Le général Navarro assiégé à mont Aruit finit par se rendre. Les rifains pénètrent dans la place et font 3000 morts.On voit ici, le général Beranger en compagnie de ses collaborateurs dont le future Maréchal Franco.

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 Franco à gauche et le général Beranger à droite

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Voici maintenant le témoignage de cet éleveur-agriculteur Metalsa :

"Les Metalsa est une grande tente du Maroc. Ils sont connus pour leur courage, leur Jihad, leur dignité. Ils sont agriculteurs et éleveurs. Abd el Krim était un homme de foi. Les espagnoles étaient venu occuper « Dhar Ouberran » avec une grande armée. Abd el Krim s’adressa alors à la communauté : « levez vous, le temps de la guerre sainte est arrivé ! ». Tout le monde l’avait suivi, personne n’était resté sourd à son appel.

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Le future Franco dans la guerre du Rif

Quand l’Espagne sont arrivées à Aruit, ils y sont entrés grâce aux Guelaya et un frère des Aït Bou Yahi. D’ici étaient partis les Metalsa de Aïn Zorah. Les avaient rejoint à Aruit, les Aït Bou Yahi, en particulier leurs combattants d’Afsou. Ils avaient décidé d’interdire l’établissement des espagnols à Aruit, disant au Guelaya : établissez les espagnols chez vous, pas chez nous ! Celui qui s’était rallié aux espagnoles leur dit : laissez moi d’abord terminer mon déjeuner. Mais les Moujahidînes de Aïn Zorah lui coupèrent la tête( pour punir sa trahison ). Ils l’ont amputé d’une main qu’ils accrochèrent au bout d’un piquet aux tentes des combattants d’Afsou. Ils l’avaient piégé, ne lui laissant aucune chance (d’en réchapper). Les espagnols s’enfuyaient en se réfugiant au dessus des meules de paille, qu’on incendia. La rivière de Selouan ruisselait de sang.Lors de la bataille d’Aruit, y pénétrèrent les Guelaya et un frère des Aït Bou Yahi. Les combattants l’ont décapité. Les combattants Metalsa et Aît Bou Yahi, lui dire : ne reste pas ici, retourne d’où tu est venu(avec les espagnols). Il leur avait dit : laissez moi déjeuner avant de repartir.Ils lui dirent : d’accord, on te fera pas de mal. Dés qu’il avait déposé ses armes pour déjeuner, ils se jetèrent sur lui. Alors, la rivière de Selouan se mit à ruisseler de sang.»

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 Dés le début du siège, le 1eraoût 1921, Abd el krim a recommandé de capturer les armes, mais de laisser les hommes en vie. La réponse des Métalsa et des Bni Bou Yahi fut un « non » catégorique.Témoignage d'un rifain de la tribu des Mtalsa:

"Le colonialisme espagnol est arrivé chez nous le long du chemin qui relie Anoual à Driuch, et ils s’étaient établis dans l’actuelle commune de Bou Bker, où existe encore les vestiges de leur caserne. Là se trouvait effectivement un bataillon composé de 1200 soldats. Ordre leur a été donné de rejoindre la zone occupée par la France. Ils devaient quitter Bou Bker en longeant les montagnes, à l’ombre desquelles ils devaient se dissimuler pour fuir. Mais nos aïeuls et ancêtre étaient prêts à les affronter. Mon grand père est mort, ainsi que mes oncles, lors de cette confrontation. Nous eumes beaucoup de blessés dans notre famille.

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Lorsque le bataillon espagnol s’est approché de la frontière qui séparait la zone espagnole de la zone française, la fraction des combattants de Tizrout Ouzak, s’est mise au travers de leur chemin. Aidées des nôtres, ils ont repoussé les espagnols dans un retranchement dénommé « Aqrab » (musette). Une grande étendue vide. De tout le bataillon espagnol, avec ses armements, rares sont ceux qui ont pu s’échapper : 50 à 60 soldats espagnols. Quant aux autres, tous les autres ont été massacrés. Du bataillon espagnol, environ 900 ont péris, et n’ont pu s’enfuir en zone française qu’une soixantaine. Depuis lors cette parcelle a été délaissée durant une quinzaine d’année : on n’y laboure pas, on n’y pâture pas. On n’est jamais plus repasser par là."

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Le 9 août 1921, l’accord conclu entre Navaro d’une part et les Metalasa et Beni Bou Yahi d’autre part, stipule, que la garnison devait livrer ses armes, Moyennant quoi elle pourrait librement évacuer la position, et sa retraite s’effectuera sous bonne escorte jusqu’ à Melilla. Toujours est – t – il qu’à l’heure où l’on se mit à désarmer la troupe, tout un groupe d’officiers se forma autour du général, à la sortie du camp. Des notables rifains s’approchèrent et nouèrent avec eux le contact. Puis, en causant, et sans en avoir l’air, ils les menèrent en quête d’un peu d’ombre, vers une petite gare, seul lieu couvert des environs. Pourtant le vrai mérite des murs de ce refuge, fut de leurs épargner le spectacle fâcheux qu’aurait été pour eux la mise à mort de leurs soldats, tous leurs soldats, jusqu’au dernier. Quand à eux, officiers, avec leur général, pris en croupe par des cavaliers « maures », ils chevauchèrent, captifs, mais saints et saufs, vers un meilleurs destin.  Un article publié le 17 août 1921 dans El Liberal, écrit sous le titre « le présent et l’avenir » :

« Nous sommes dans le Rif depuis le 24 juillet, dans une plus mauvaise situation que lorsque nous signâmes le traité de 1912. Nous avions comme gage de notre capacité de l’œuvre à accomplir, conjointement avec la France, tous ces territoires conquis durant les campagnes de 1909 et 1911, Guelaya, Kebdana,Bni Sicar. Aujourd’hui ces territoires nous sont complètement hostiles.

Les contingents espagnols qui se trouvaient à proximité de la Moulouya durent se réfugier à l’abri des postes français installés sur la rive droite. Et ces contingents nous ont été rendu, venant d’Oran, en un exode qui nous fait rougir. Les contingents de l’intérieur furent anéantis. Sur le cours moyen de la Moulouya et dans la région de Taza, une menace s’élève contre la tranquillité – relative si l’on veut- des Français. Pourrons nous, oui ou non faire honneur à nos engagements ? Aujourd’hui, notre idéal doit se limiter à doter Melilla d’un hinterland qui ne peut être que celui marqué sur les cartes par la ligne du Kert.»Un communiqué de l’armée espagnol annonce qu’ « on se trouve dans notre zone comme dans la zone française, devant un soulèvement général des tribus. »

L’attaque d’Igherriben précéda la débâcle d’Anoual.

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Cadavres espagnols janchant le sol à mont Aruit

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« A l’issue de la bataille de mont Arouit, raconte Abd el Krim, j’étais parvenu sous les murs de Melillia. La prudence s’imposait.Avec la dernière énergie, je recommandais à mes troupes de ne point massacrer ni maltraiter les prisonniers. Mais je leur recommandais aussi énergiquement, de ne pas occuper Melilla, pour ne pas créer des complications internationales. De cela, je me repends amèrement. Ce fut ma grosse erreur. Oui, nous avons commis la plus lourde faute en n’occupant pas Melilla ! Nous pouvions le faire sans difficulté. J’ai manqué ce jour là de clairvoyance politique nécessaire. Et à plus ou moins longue échéance, tout ce qui a suivi, a été la conséquence de cette erreur.

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04:09 Écrit par elhajthami dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : histoire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/11/2011

Abdellah El Atrach, le rêveur fantastique

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Comme nous tous, il est arrivé à El Atrach de se souvenir d’un merveilleux rêve  qu’il a  voulu sauvegarder pour toujours, en le restituant par sa peinture de ces étranges personnages aux crânes oblangues et au facié allangé, tout droits sortis des papyrus égyptiens, qu’entourent des houris, des gazelles et des volatiles. Mais à chaque tentative , il se rend compte que le rêve  était plus beau et demeure pour ainsi dire inaccessible. Pour l’approcher, il se remet à nouveau à peindre, passant sa  vie de Sisyphe, dans cette quête d’amour impossible. Pour notre bonheur cela a le mérite de perfectionner son incomparable art du fantastique, sans assouvir pour autant son désir d’accomplir ce rêve primordial après lequel il court toujours  et qui se dérobe comme mirage au désert à chaque fois qu’il semble enfin arrivé  à bon port.

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    Cette quête  vers l’inaccessible du rêve évanoui est la  flamme  qui attise en permanence son œuvre  nécessairement  inachevée  parce qu’humaine, trop humaine. Voyage dans les obscurs antres de l’inconscient aussi  interminables que  toute psychanalyse. El Atrach  jongle ainsi avec les symboles et les signes de l’inconscient qui sont certes limités par leur nombre, mais qui grâce à chaque fois à une nouvelle combinatoire des éléments qui les composent ; ouvrent sur cet infini de réalités totalement nouvelles et totalement surprenantes. Ce qui est le propre du rêve et du fantastique où tout est possible et affranchi des pesanteurs terrestres et de ses interdits. Basculement permanent du réel vers le surréel, cet univers libéré de toute entrave qui est propre à toute quête d’amour : les insatisfactions humaines trouvent  dans l’œuvre fantastique imaginaire et surréelle d’ El Atrach un merveilleux  exutoire  .  .

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El ATRACH , bacchanal

Univers libéré de toute entrave où s’exprime le désir  Le corps comme fantasmagorie nocturne que l’artiste sublime plastiquement dans des formes éthérées où ils semblent  en apesanteur comme saisi par je ne sais quelle ivresse. Des corps si légers, portés  sur les ailes d’amour de pigeons voyageurs à l’allure étrange : dans l’interprétation des rêves l’envol est bien souvent l’expression fantasmatique du désir.

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EL aTRACH, baiser

 Chez nul autre artiste de sa génération – il est né dans la campagne  environnante d’Essaouira, en 1972 – on ne perçoit d’une manière aussi palpable et évidente  cette  imagination créatrice issue tout droit du rêve…Ce passage imperceptible par touches successives de la prose du monde réel à ce fantastique à la beauté fragile, irréelle et éternelle semble surgir de ces rêves dont nous réussissons  rarement à nous souvenir dans notre vie fracassée par le bruit et la fureur du monde alors qu'El Atrach semble y accéder si aisement à travers ce qu'il dénomme son "rêve éveillé" .

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El Atrach, sans entraves

Il passe sa vie à nous restituer ce rêve, sans jamais y parvenir à l'identique : toute son oeuvre est une quête nostalgique de cet amour inaccessible…Appelons le pour l'instant "Ounagha", le toponyme féminin d'un village voisin de son village de Hanchan auquel on a pris l'habitude d'accoler le dicton selon lequel le chemin qui mène à Hanchan est aussi droit que ce sentier lumineux qui mène le serpent à sa tannière....

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 Ounagha

Le discours le plus sûr d’El Atrach est celui qu’il tient sur lui-même. Ecoutons le d’abord avant de procéder à quelque analyse que ce soit de son œuvre si énigmatique et mystérieuse : « Je m’inspire de la vie quotidienne en transformant le thème traité par l’imaginaire, en traitant par exemple le coiffeur du souk à ma manière . Je m’appuie également sur les légendes. Je montre la coiffure à l’ancienne lorsqu’on rasait la tête en laissant juste une touffe, symbole de germination au quelle on accrochait des gris – gris contre  les mauvais oeils. 

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Le coiffeur d'El Atrach

 C’est une scène ordinaire que je transforme en réalité imaginaire qui ne se laisse pas déchiffrer au premier abord. Au travail d’imagination, j’ajoute des symboles de mon propre cru : le personnage a parfois entre les mains des objets insolites, inconnus, indéfinis. Ils sont de ma propre création. C’est ce rêve éveillé qui me distingue des autres artistes. Je vis dans un autre dimension du monde où les êtres et les choses revêtent un caractère étrange. Je me considère comme un convertisseur de la réalité en surréalité grâce à l’imagination créatrice. C’est comme si j’avais dans mon cerveau une porte qui s'ouvrirait sur un autre monde : en franchissant son seuil on passe de l’autre côté du miroir vers un univers imaginaire. Ce convertisseur cérébral transforme systématiquement les observations les plus banales de la vie de tous les jours en surréalité . C’est ce que j’appelle « le rêve éveillé ».

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El Atrach le surréaliste

J’essaie d’exprimer les sentiments qui sont nécessairement intérieurs à chacun de nous en postures corporelles . traduire le langage corporel en tant qu'expression de notre intériorité la plus intime à  travers notre gestuelle..Une fois mises à nues nos attitudes corporelles sont fort parlantes. Pour exprimer nos tristesses et nos joies, il n’y a pas mieux que nos postures corporelles ... .   

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Tout ce que je peinds a une signification symbolique : ainsi du pigeon voyageur comme messager d’amour, mais aussi comme clé d'accès possible à mon œuvre. De la rose comme offrande, au bien aimé. De l’œuf brisé comme symbole de tout commencement et de toute fin.itude De la bchandelle comme symbole de vie, avec laquelle tout s'éteind quand elle vient à s'éfilocher. De l’encensoir  comme symbole de spiritualité puisqu'il accompagne tout sacré et tout sacrifice..Le tout tient dans le cercle d'or des saisons et des jours...

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  Apesanteur

Je me mets d’abord en condition de peindre, en  "préparant" l’ambiance du travail. Il s’agit de créer les conditions optimales nécessaires à l’apparition de ce que j’appel « le rêve éveillé », sans lequel il n’y aura pas de passage du réel vers l'imaginaire. Je complexifie à souhait le thème traité pour que l’observateur soit obligé de fournir un effort lors de son déchiffrement

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Indéchifrable El Atrach

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El Atrach : le bien aimé pris aux fils de l'araignée

L' œuvre. se présente d’abord comme une énigme à déchiffrer. Comme un rêve à interpréter . Il faut beaucoup de temps pour interpréter un rêve, beaucoup de temps pour déchiffrer ses œuvres qui ne se laissent pas facilement décoder, des oeuvres exécutées d'après  ses rêves  ......

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Selon le témoignage de Procope au VI è siècle : « Chez les Berbères, les hommes n’ont pas le droit de prophétiser ; et se sont au contraire les femmes qui le font : certains rites religieux provoquent en elles des transes qui, au même titre que les anciens oracles, leur permettent de prédire l’avenir. » Dans l'histoire des Berbères, la Kahéna est la plus illustre des voyantes.L’antique héroïne berbère du Maghreb portait en fait un nom arabe :  kahénasignifie en arabe « devineresse », manifestement en rapport avec les dons prophétiques que prêtent à la reine les auteurs musulmans à partir d’Ibn Abd al-Hakam (mort en 871).

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Ibn khaldoun indique que la kahéna avait d’abord été « la reine de l’Aurès » avant de devenir « la reine des berbères de l’Ifriqiya ». Les Berbères se rallièrent à elle après la mort de Koceila leur chef en 688. Al Wakidi, écrit qu’elle se souleva « par suite de l’indignation qu’elle ressentit à la mort de koceila». L’historien arabe El Maliki rapporte ce détail singulier sur la kahéna : « Elle avait avec elle une énorme idole de bois qu’elle adorait ; on la portait devant elle sur un chameau. » Des siècles après la reine de l’Aurès fait encore rêver, comme en témoigne les illustrations qu’en fait aujourd’hui Oumami ou ce qu’on disait une brochure anonyme de 1890 qui s’achève ainsi : « Sparte eût inscrit son nom dans ses temples. Homère l’eut célébré dans ses poèmes immortels». Cette « force amazigh » est aussi symbolisée par les antiques aguellid (ces anciens rois berbères) : Juba II, Massinissa, Jugurtha. Le plus illustre est Jugurtha qui apostropha ainsi  Rome après avoir distribuer son or aux membres de la classe sénatoriale : « Ville à vendre et condamnée à périr si elle trouve un acheteur ! »

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 L’artiste dépeint ainsi cette voyante qui pratique la cartomancie : on voit les personnages qui viennent la consulter en train de lui présenter des sacrifices et des offrandes.A la question de savoir qui vient  consulter la voyante ? Malika  voyante médiumnique des Gnaoua répond :“La femme qui n’enfante pas. L’homme qui a du mal à trouver du travail.Quand un patient ou une patiente, vient me consulter, J’ouvre l’autel pour consulter les esprits à son propos. Ce sont les esprits qui m’assistent au cours de la voyance en me disant de quoi souffre ce Monsieur ou cette dame. Qu’à –t- il ? Es-t- il malade ? Que lui réclament les esprits ? Veulent –ils seulement qu’il organise une lila pour le délivrer ? Ou bien qu’il devient leur serviteur ? Les a – t – il atteint de quelque manière ? Ou les a – t – il agressé ? Une fois que j’ai consulté les esprits, je dis au malade : voici de quoi tu souffres et voilà ce qu’attendent de toi les esprits. Ils veulent que tu leur organises une lila que tu leur présente un sacrifice un mouton ou un bouc par exemple , ou que tu leur prépares un poulet non salé. Leur faire un don une offrande. Il y a aussi le patient à qui ils recommandent le pèlerinage soit à Chamharouch, Moulay Brahim ou Tamsloht.

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Généralement les esprits lui recommandent d’organiser une lila chaque année. Moi-même, je ne sais quoi dire, jusqu’à ce que je consulte les esprits. Je suis alors en transe. C’est dans cet état que je les consulte et c’est eux qui disent ce dont la patiente souffre et ce qu’elle doit amener comme offrandes. Les esprits parlent par ma bouche.  Je les fais « monter ». C’est delà que vient le mot talaâ, celle qui fait monter les esprits . Je suis leur simple médium et c’est eux qui prédisent par ma bouche quand je suis  en transe. Ce n’est pas seulement celui ou celle qui est malade qui danse en état de transe ; moi aussi je danse en état de transe , et cela m’apaise. La nuit, lorsque je suis nerveuse, je vois apparaître les esprits dans mes rêves. »

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El Atrach : Nuit bleue

 El Atrach voit aussi les esprits comme dans un rêve, qu'il tente de reproduire sur ses toiles.  Mais cela suppose une mise en condition une « préparation »; voilà le mot clé de l’artiste. Il s'agit de « préambules » et de  « préliminaires » qui doivent précéder toute mise en oeuvre comme ils précèdent tout rituel . Car pour El Atrach, la peinture est d’abord une activité rituelle et obéit donc aux mêmes préparatifs. C'est pourquoi notre artiste  a besoin de s’isoler dans sa "ruine"  en dehors du village, à chaque fois qu’il veut se mettre au travail. Cela  rappelle ces rites d’initiation africains où les adolescents doivent passer par une période d’isolation en brousse  pour faciliter leur "passage" à l’âge adulte. En ce sens chaque oeuvre d' El Atrach est une épreuve initiatique .

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En écoutant de sa bouche le mot " préparation", j'ai immédiatement pensé à ce samedi après midi où j’avais rejoins pour la première fois  feu maâlem Bosso à sa maison du côté de la foire de Casablanca pour ma propre initiation à ce rite orgiaque plein de mystère que constitue une lila des Gnaoua. Je  l’avais trouvé en compagnie d’autres maâlem Gnaouis originaires de Marrakech comme lui : ils étaient en plein préparation des adjuvants rituels sans lesquels ils ne pouvaient opérer convenablement ce passage de la réalité ordinaire à cette  réalité extraordinaire, qu’est la lila ou nuit rituelle. Cette ouverture de la place  , qu’on appelle « ftouh Rahba », où les esprits possesseurs sont conviés à "chevaucher" les possédés de la place sacrée à force d'offrandes et de sacrifices..

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  En pénétrant le soir le seuil de sa « ruine » pour s’isoler de la vie ordinaire, El Atrach , se  « prépare » lui aussi à rentrer en contact avec ses esprits possesseurs  qui lui ouvrent l’univers fantastique des mondes supranaturels et imaginaires. C’est seulement après avoir franchi le seuil de la nuit et de cette ruine qu’il peut s'affranchir du réel , accéder à ce " rêve éveillé", à cet état modifié de conscience sans lequel les voies vers l'imagination créatrice reste infranchissables.. Il est en cela comme ces voyantes médiumniques  qui ont, elles aussi, besoin de plusieurs nuits d’incubations dans la grotte sacrée pour rendre opératoir leur pouvoir de médium entre le divin et l'humain.

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Pour se faire, elles se rendent en pèlerinage auprès de Sidi Chamharouch, le sultan des djinns du Haut Atlas , pour une nuit d'incubation et de rêve devinatoire, pour  y « recharger » d’énergie nouvelles leurs objets rituels : sans quoi leur voyance devient impossible et inopérante. D'une certaine façon El Atrach , pratique lui aussi cette voyance médiumnique mais à sa manière : c’est ce qui lui permet d’ouvrir cette fenêtre sur cet univers étrange et fantastique tel qu'il se révèle d'après ses oeuvres. Une oeuvre qui se veut surréaliste , c'est-à-dire au-dessus et au-delà de la réalité déjà connue , telle qu’il la vit quotidiennement dans son propre petit village de Hanchan.  

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.Aux banales scènes de la vie quotidienne vient se mêler des apparitions fantastiques – que vient faire un pigeon voyageur chez un coiffeur ?- où des êtres antagonistes dans la réalité semblent vivres ensembles en toute bonne intelligence : hommes, serpents, oiseaux, arbres, poissons…Ils semblent vivre sur la même arche de Noé où ils voguent ainsi vers un monde étrange et beau, leur ouvrant des horizons inconnus. Un monde théâtre de rencontres insolites qui n’ont jamais lieu dans la réalité ; une drôle d’alchimie. Univers à la fois pacifié et féerique où de douillés oiseaux viennent adoucir par leur être d’une insoutenable légèreté, la banal et rude réalité des homme.. La prose du monde.

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  Ces éclosion du fantastique  dont un être ordinaire a rarement la possibilité de se souvenir au réveil parce qu’une épaisse couche sépare l’inconscient où se déroule le rêve et le conscient où s’opère le principe de réalité…Or chez El Atrach il n’existe qu’une membrane fragile et transparente entre conscient et inconscient, c’est pourquoi il se souvient de tous ses rêves qu’il perçoit même dans son demi sommeil comme « des rêves éveillés »…Chez lui le passage de l’ordinaire vers l’extraordinaire se fait presque naturellement : il lui suffit de franchir le seuil de la nuit et de sa ruine , à la lisière du village habité et de la forêt inhabitée(khla) , pour palper sous les étoiles l’univers fantastique qui s’ouvre à lui, comme s’ouvrent les cieux la nuit du destin,  pour laisser brusquement entrevoir, sous la voûte céleste  une espèce de chapelle Sixtine révélant un univers coloré à la Chagall, mais qui rappelle aussi les couleurs chatoyantes des amérindiens de l’Amérique Latine et ses Amazones.

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    Chez EL Atrach, les signes et les symboles qui sont profondément ancrés dans l’imaginaire collectif, remontent spontanément à la surface de l’acte créateur, parce qu’ils constituent une composante essentielle de l’identité culturelle de l’artiste.Abdelkader Mana

19:51 Écrit par elhajthami dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arts | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/11/2011

Trifis Abderrahim,le peintre de la métamorphose

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Trifis Abderrahim : Lila (nuit bleue) des Gnaoua

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Sacrifice (détail) où le diable réside dans le détail...

Le 28 novembre 1974,Trifis est né à Sidi Mokhtar étape entre Essaouira et Marrakech, dans une famille Oulad Bou Sbaâ, ces transhumants originaires du Sahara qui sont connu pour leurs tapis aux motifs nomades. Très tôt il a quitté l’école  en 1985-86 à l’issue d’ études primaires parce qu’à l’époque il fallait partir à Chichaoua, à 25 kilomètre de là pour poursuivre ses études au collège. Il a du donc s’adonner d’abord au commerce avant d’ouvrir son « salon » de coiffure au milieu du souk en 1990. Il peignait par vocation mais d’une manière sporadique.

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Trifis Abderrahim : Le "Bouraq" : l'ascenssion nocturne

L’une de ses premières œuvres  remonte à 1996 : elle lui a été inspiré par ces  images d’Épinal qui portent sur les légendes dorées des saints et des prophètes que des marchands ambulants vendent dans les souks et lors des moussems : elle représente l’ascension du Prophète sur le Bouraq  la nuit du destin. En Islam, le thème servant à exposer l’expérience mystique, c’est le cadre de cette ascension Nocturne :« On sait, écrit Massignon, le rôle central de cette « extase » où Mohammed crut être transporté de la Mekke, d’abord sur l’emplacement du Temple(détruit)de Jérusalem, puis, de là, jusqu’au seuil de l’inaccessible Cité Sainte, où la gloire de Dieu réside. Cette visite, en esprit, de Mohammed à Jérusalem, est mentionnée en ces termes par la passion du Hallaj :« Celui qui cherche Dieu à la lumière de la foi est comme celui qui guette le soleil à la lumière des étoiles » La « Laylat el Hajr »de Hallaj , cette « secrète hégire vers Dieu », paraissant viser la nuit de l’esprit, sous d’autres symboles : l’oiseau aux ailes coupées, le papillon qui se brûle, le cœur enivré de douleur, qui reçoit. « L’aurore que j’aime se lève la nuit, resplendissante, et n’aura pas de couchant », s'écrie Hallaj dans son « Diwan »..

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Trifis Abderrahim : sirènes

"La fiancée de l'eau" est un thème qui revient d'une manière récurente dans l'oeuvre de Trifis hantée par les sirènes...

     Un beau jour, ayant vu à la télévision une émission sur les peintres singuliers d’Essaouira, ces artistes autodidactes issus comme lui de l’arrière pays, Trifis décide d’aller lui aussi  tenter sa chance en présentant trois petits tableaux à la galerie Damgaard. C’était en 2005 juste avant que ce dernier ne se retire en retraite en bord de mer à Taghazoute. Trifis allait donc être la dernière découverte du critique d’Art Danois établi à Essaouira depuis le début des années 1980 . Et comme toutes les fois qu’il accepte les œuvres de ces artistes qui surgissent de nulle part, il ne s’est pas trompé cette fois - ci non, plus en acceptant immédiatement les œuvres que venait lui présenter dans un couffin  Trifis, comme on vient  vendre en ville ses poulets , ses œufs et autres produits agricoles. Il allait définitivement quitter son gagne pain de coiffeur de souk en 2008 , pour se consacrer désormais à plein temps à son art.Pensée sauvage qui ne met aucune frontière entre les composantes de l'univers qui se métamorphosent les unes en les autres aussi sûrement que la chenille devient papillon....arts

Trifis Abderrahim

 Cet artiste qui doutait encore de son art et qui vient ainsi rejoindre les autres artistes autodidactes de cette galerie qui s’est spécialisée dans l’ethnopeinture s’avèrera à la fois prolixe et créatif en puisant inconsciemment dans les archétypes de ses ancêtres nomades, ces transhumants Oulad Bou Sbaâ qui se sont sédentarisés dans ces étendues dénudées et moutonnières situées entre Essaouira et Marrakech. Un artiste qui allait s’inspirer de son  de  environnement, à la fois fauve et lumineux, à travers un imaginaire qui explore les horizons intérieurs :

Dans la solitude du rêve

Une voie aspire à naître,

Au royaume des mots.

Elle aura pour monture

Les horizons intérieurs

Et la fiancée de l’eau...

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 :Telle une partition musicale, l'agencement harmonieux des formes et des couleurs

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 L'amour comme offrande et le serpent comme beauté fécandante

Au Haut Atlas central le Boughanimi désigne le joueur de la double flûte de roseau munit de deux cornes  ainsi que le flûtiste lui-même : c’est une sorte de baldaquin à capuchon vert qui se livre à des pirouettes amusantes et qu’accompagnent deux imadyazen, poètes épiques rythmant leur prosodies avec cet allun, ce tambourin à la peau tendue et aux sons aigu. Au Rif la double flûte de roseau que prolonge deux cornes d’antilopes, cette sorte de biniou, porte le nom d’ Azemmar, et accompagne le chant rifain appelé  izri « (pluriel d’ izran). Et lors des fêtes villageoises du Haut Atlas Occidental, les aèdes de la montagne en compétitions poétiques se servent quant à eux des tambourins dénommés allun pour rythmer la mesure, mais surtout pour se voiler le visage au moment d’improviser un poème, comme pour se protéger contre le mauvais œil et les esprits malfaisants.

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      Les thèmes traités par Trifis s’inspirent de l’imaginaire, de la mémoire et du patrimoine  :  du joueur de flûte, de la danse collective et du coq sacré qui annonce l’aube . En effet, parmi les victimes souvent sacrifiées aux parvis sacrés, figure le coq qui chasse par son cri les mauvais génies de la nuit, puisqu’il est le symbole mystique de la lumière et de la vie.Mais le bélier est la victime du sacrifice par excellence. Son pelage, labtana, en arabe dont le pluriel est Boulebtaïnilm en berbère dont le pluriel est Bilmawn.Les deux termes signifient « homme vêtu de peaux ». Boujloud ou Bilmawn, ce sont successivement les noms des personnages masqués du carnaval de l’Achoura et de la fête du sacrifice : personnage central de la procession masquée répondant selon les lieux aux noms de Boulebtaïn, Boujloud,Herma, en ville arabophone ou encore de Bilmawn et Bou-Islikhenau Haut-Atlas berbérophone.  Ces processions et mascarades s’intercalent entre le sacrifice et le Nouvel An. Ils sont liés à la fête du sacrifice dans la campagne et à celle de l’Achoura dans les villes.

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 Féerie carnavalesque

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Trifis Abderrahim

Chez Trifis, un tableau en contient plusieurs autres : on s'en rend compte en zoomant sur les détails comme c'est le cas de ces parsonnages carnavalesquee entourés d'ornementations feerique déssinés sur peau à la manière des tatoueuses au henné qui couvrent ainsi la mariée le jour de fête..

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 Trifis Abderrahim

Pour Emile Laoust ces mascarades masquées  constituent les débris de fêtes antiques célébrant le renouveau de la nature, capturée par le calendrier musulman : « Au Maroc, des fêtes carnavalesques d’un genre spécial s’observent partout à l’Aïd el Kébir ; le personnage essentiel s’y montre revêtu de peaux de moutons ou de chèvres. Le Berbère n’aurait – il pas établi un rapport si étroit entre le sacrifice du mouton, ordonné par l’Islam, et la procession carnavalesque d’un personnage vêtu de peaux qu’il aurait vu en ces deux rites, deux épisodes d’une même cérémonie...L’Aïd El Kébir s’est substitué, en Berbérie à une fête similaire qui existait déjà et au cours de laquelle les indigènes sacrifiaient un bélier et se revêtaient de sa dépouille. Si l’on y rappelle que le bélier fut autrefois l’objet d’un culte dont le souvenir s’est conservé tard dans le pays, on voudra peut – être voir dans les mascarades actuellement célébrées à l’Aïd El Kébir, la survivance de pratiques zoolâtriques dont l’origine se perd dans les âges obscures de la préhistoire. »  

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      Trifis Abderrahim

Les peaux, les cuirs ont servi depuis des temps immémoriaux les besoins de l’homme. La peau a une histoire ancienne, qui remonte à Adam et Eve :  Après la chasse, l’homme dépeçait l’animal pour se vêtir de sa peau. C’est la raison qui a poussé notre artiste à choisir celle-ci comme principal matériau pour son travail. Il est évident qu’avant l’apparition du tissage, les hommes de la préhistoire usaient abondamment de peaux d’animaux sauvages ou domestiques pour satisfaire de nombreux besoins : les peintures et gravures rupestres de l’Afrique du Nord et du Sahara abondent en figurations de personnages masculins et féminins portant des vêtements, des boucliers ou autres attributs qui paraissent selon toute vraisemblance en cuir. Les égyptiens enveloppaient le corps mortel des hommes dans des peaux (auxquelles fut substitué plus tard le linceul) pour lui assurer le passage vers la lumière, c'est-à-dire vers l’immortalité.  

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Trifis Abderrahim

Comme avec le tapis nomade, il ne faut pas être obnubilé uniquement par l'amphore comme médaillon central : il faut aussi observer tout autour pour se rendre compte que ce qui est périphérique ne l'ai que lorsqu'on regarde l'oeuvre d'une manière distraite : plus on la scrute de près plus on est émerveillé par certains "détails"....

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La munitie de l'oeuvre se découvre ainsi à ces détails qui nous émerveillent et qui constituent une oeuvre dans l'oeuvre .Une œuvre polyphonique, polysémique en constante métamorphose…

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Le "détail" est parfois plus "parlant" que la vue d'ensemble

       Comme ses ancêtres travaillent sur les toisons de laine de leurs moutons pour en faire des tapis célèbres par leur médaillon central autour duquel s’organise d’une manire symétrique des motifs stylisés qui relatent l’errance de la vie nomade, Trifis travaille plutôt sur les peaux d’ovins et de caprins à la manière des artisans artiste du Sahara et de la Mauritanie. Des peaux tendues sur lesquelles il peindra en  pointillés et en reliefs.

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 Trifis Abderrahim

Au souk, il découvre que les peaux de caprins, d’ovins, de bovins et autres camelins, sont forts utiles non seulement à la vie quotidienne des paysans mais aussi à leur vie festive : la peau de bovins par exemple, servait à confectionner le grand tambour dénommé Ganga qui est la preuve que les amazighs étaient influencés par les rythmes africains. Le berbère se sert des peaux aussi bien pour ses babouches, ses selles, que pour ses instruments de musique (ganga -Gros tambour à peau de vache, d’origine africaine-allun, et ribab). Quand on veut commencer la danse collective de l’ahouach on dit : « sargh allun » (chauffe le tambourin). Il s’agit de tendre la peau de cette instrument de percussion fondamental chez les berbères en le chauffant aux flammes jusqu’à obtenir des tonalités aigues. Chez les anciennes familles du Sous ; les actes notariés dénommés  «  arraten » étaient également en peau. Le droit coutumier qui régissait les greniers collectifs qu’on appelle« Agadir » était  rédigé sur des parchemins en cuir. Ils  écrivaient aussi sur la canne de roseau qu’on appelle tighanimin et dont se sert notre artiste pour son travail de pointilliste. Son  travail  se fait à base de canne de roseau, de toisons de laine pour peindre sur peaux.

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Trifis Abderrahim

En visitant un jour la galerie, la première de ses œuvres a avoir attirer mon attention est une espèce de Cléopâtre aux traits berbères qui m’a immédiatement rappelé les bas reliefs égyptien, des traits  parfaitement symétriques révélant une image composite, puisqu’elle se compose de plusieurs autres images, comme un jeu de tirroire, qui ne se révèlent pas au premier abord mais qui exige des arrêts aux détailles comme autant d’étapes pour se dévoiler progressivement  à fur et à mesure que le regard flâne distraitement pour ainsi dire à la surface de l’œuvre pour en explorer les profondeurs. On découvre alors que les sourcils foncées de la belle forment en même temps les cornes de deux bouc qui s’entrechoquent, que le corps de ces boucs parfaitement symétriques sont formés en même temps de deux poissons aux écailles multicolores qui surgissent magiquement de deux lanternes d’Aladin , lesquelles lanternes sont tenues de part et d’autre par deux sirènes occupant une position parfaitement symétrique. Cinq danseuses forment en même temps le collier de cette reine de Saba aux allures pharaoniques. Tout en haut, en respectant toujours cette sempiternelle symétrie : deux poteries, d’où surgissent deux fleurs et deux oiseaux.

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 Trifis Abderrahimrrahim 

On retrouve là les éléments qui compose  l’univers agro-pastoral ou vit l’artiste, mais agencé d’une manière parfaitement  symétrique, comme un tapis nomade de ses ancêtres Oulad Bou Sbaâ,  tout en étant le produit de l’imaginaire singulier de l’artiste. Les formes et les couleurs s’autogénèrent les unes les autres dans un ordre à la fois symétrique mais dont le contenu est asymétrique quand on est attentif au détail, là où se cache le diable….Une manière de dire que les animaux, les poissons, les hommes et les plantes appartiennent à un même univers

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Trifis Abderrahim

 Comme les tisseuses  nomades qui l’ont engendrées l’artiste  commence par le médaillon central qui peut être une amphore  ou un musicien gnaoui, puis s’amuse avec les choses de l’imagination. Il peint tout ce qui me passe par la tête. Au début, il  dessine une chose, mais aboutit à une autre. Par exemple, il peint un chameau , mais il en sort des fleurs,des oiseaux, des rivières, l’œil qui est le sens le plus important de l’homme, la main qui protège du mauvais œil .Une profusion de couleurs et de formes se générant les unes les autres,comme dans un jeu d’enfants sans perspective, mais avec beaucoup d’harmonie dans l’ensemble et une grande vitalité poétique intérieure.

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     Trifis Abderrahim

Les espèces  s’auto génère les unes les autres parce que pour l’artiste, l’univers est une chaîne interdépendante de sorte qu’il n’y a pas de frontière entre les éléments qui les compose : d’un poisson peut naître une chèvre et de celle-ci une femme , un arbre, des fleurs et ainsi de suite. Les éléments qui composent l’univers que sont l’eau, le feu, le ciel et la terre, s’auto génèrent  dans un tourbillons circulaire à la fois symétrique au niveau de la forme et dissymétrique au niveau du contenu.

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      Trifis Abderrahim

Dans le tapis nomade des Oulad Bou Sbaâ, les motifs sont parfaitement symétriques de part et d’autre du médaillon centrale qu’on appelle « hatta », c'est-à-dire « étape de caravane ». Ce principe d’un modèle symétrique organisé autour d’un médaillon central, Trifis s’y réfère d’une manière inconsciente comme un archétype ancestral dans la plupart de ses œuvre comme on peut l’observer avec l’univers grouillons de vie qui s’organise autour d’une amphore . Une œuvre tout en relief où chaque motif est modelé à la main à base de poudre de sciure, avant son polissage sa teinture et son vernissage. Technique que l’artiste emploie concurremment avec le pointillisme qui lui vient de ses du travail des tisseuse : « Avant de mettre en œuvre leur tapis sur le métier à tisser, se souvient-il,  elles en dessinent un croquis sur papier millimétré où à chaque petit carreau correspond un point. » Trifis aimait beaucoup ces croquis et s’en inspirera par la suite dans ses œuvres de pointilliste. On peut donc comparer son amphore au médaillon central du tapis nomade des Oulad Bou Sbaâ : de cette amphore  surgissent trois branche sous forme de poissons lesquelles « branches - poisson » sont transportés par un oiseau. On retrouve cette idée de régénération transvesale à tout l’œuvre : Des rappels de son environnement de nomades sédentarisés égaient l’ouvre : poignard berbère ou  dromadaire saharien.

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Trifis Abderrahim

Les couleurs chaudes ornent le dos d'une tortue - objet de pratiques magiques - ainsi que cette nuit rituelle des Gnaoua : lila aux couleurs de brasier et de transe....

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 Trifis Abderrahim

Le symbole du serpent revient également d’une manière récurrente : « Les gens ont de la répulsion pour le serpent à cause de son venin, mais moi, il me fascine par la beauté et la délicatesse de ses écailles multicolores. » Une œuvres où aucune couleur ne domine en particulier: l’artiste utilise toutes les couleurs de l’arc en ciel. Dans son « arbre de vie », le dur tronc de l’arbre se métamorphose en corps tendre de la nymphe dont les tresses de chevelures aériennes sont formées par les branches de ce même arbre : la femmes féconde comme ancêtre essentiel de l’humanité, d’où ces branches  aux allures de peau humaine. Une œuvre à la fois en relief et en pointillé pour exprimer l’idée coranique qui veut que toute vie est issue de la poussière et retournera à la poussière. C’est en effet  à partir d’un point, d’un atome de poussière que le potier suprême fait surgir  toutes les formes de vie avant de les réduire ensuite au néant ….   D’où la circularité de certaines œuvres qui expriment ainsi la circularité du temps cyclique des saisons.Le fantastique et l’imaginaire s’exprime à travers les couleurs qui comme « l’orange bleue » des surréalistes,ne correspondent plus aux couleurs des objets réels : famille de cerfs à la robe aux couleurs serpentines bleue et mauve de peau de lézard, arbre à l’écorce en ce rose claire de la peau humaine...arts

 Trifis Abderrahim

 Chez notre artiste il n’y a  pas de différence entre le « dehors » et le « dedans » : la fête de mariage  fait  en même temps partie du « corps » de la marié en fête ,  les danseurs constituent sa parure et son collier .chez l’artiste la femme est souvent liée  à l’œil,  protecteur magique de sa beauté. Il la représente souvent  sous les traits d’une sirène, cet être de légende qui baigne dans un univers aquatique peuplé d’hippocampes Là aussi on retrouve cette idée de symétrie parfaitement illustrée par cette autre sirène danseuse entourée de part et d’autre par des motifs identiques : oiseau, fleur, poisson,bélier, oeil bleu et autres arlequins. On observe également cette recherche de l’équilibre à travers les deux moitiés symétriques dans la fiancé portant aux deux amphores d’où surgissent des branches - serpents et où les seins de la nubile sont formés par les visages de deux femmes voilées : il s’agit de l’une de ses rêves nocturne où subliment en création artistiques les obscures pulsion qui se métamorphosent ici en œuvres d’art aux couleurs chatoyantes et aux formes suggestives.

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Trifis Abderrahim

Un autre principe appliqué par Trifis est celui de l’illusion optique née de la dissociation entre l’impression globale et le détail : à première vue on a affaire à un magnifique  poisson des profondeurs, mais à y regarder de près on découvre les personnages qui composent toute une famille . Cette illusion d’optique l’artiste l’expérimente aussi bien sur peau tendue que sous une forme sculptée. Double lecture donc voir davantage, selon le point de vue où l'on se place pour observer l’œuvre :  jeune femme verticalement, poisson horizontalement. L’autre aspect du travail de Trifis consiste en le remplissage de la toile en peau de bouc à la manière des tatoueurs au henné. L’organisation de l’espace en « surface » s’explique par la juxtaposition de motifs ornementaux, de haut en bas, sans « intervalle » et donc sans perspective. L’image semble s’enfoncer sur le fond parce qu’on peint un tableau comme on tisse un tapis, ou comme on tatoue la peau. Le remplissage de la surface, se moule parfois dans une géométrie rigoureuse et parfois il se perd dans un dédale d’entrelacs. Le labyrinthe, ainsi conçu se pose comme une énigme dont le contenu est une parole. Une parole qui se fait image, qui tournoie dans la tête de l’artiste comme dans un moulinet, avant d’être reproduit sur la toile. Abdelkader Mana

07:02 Écrit par elhajthami dans Arts | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : arts | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook