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28/02/2013

Jour du Mouloud

Images d'Essaouira

Par Abdelkader MANA

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Avant de commencer la journée, j'ai pris des beignets croustillons au « Sefnaj » - un mot arabe qui dérive du persan «isfanj » probablement parce que ces beignets sont originaires d'Ispahan - puis une soupe de fèves (bissara) à khobbaza, marchants de pein de seigle bien chaud en cet heure matinale, où d'habitude se retrouvent, à chaque aube naissante, les marins du vieux port, pour partager un bon thé d'absinthe (chiba) qui a la réputation de réchauffer le corps et les cœurs juste avant d'affronter les embruns et les frimas de haute mer. Mais aujourd'hui, aux cafés maures de khobbaza, rares sont les marins parmi la clientèle de l'aube : là aussi c'est signe qu'il n'y a pas de sortie en mer.

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A l'aube je prends ma première image de l'artère de Souk Akka, où enfant j'achetais des beignets en me rendant à l'école

Au bout de cette artère de Souk Akka, à la sortie de Bab Marrakech, se trouvaient les deux plus vieux cimetières de la ville que Tahar Afifi, alors président du conseil municipal de la ville avait ordonner de raser dans les années 1980. J'ai appris plus tard que mon père maâlem Tahar Mana s'accoudait au muret de ce vieux cimetière pour prier pour le repos de l'âme de ma grand mère Mina , pour notre aïeul  Hajoub Nass Talaâ (surnommé "mi-pente" parcequ'il avait dit au caïd Rha qui inspectait les caisses d'amandes du port vers 3h du matin: "Ma gachette est à mi-pente"; que je suis éveillé; c'est lui qui aurait édifié le toit peint (Barchla) de Sidi Mogdoul en tant que maâlam Brachlya). Le Conseil Municipal d'alors justifiait ce rasage de nos tombes en disant que l'Islam autorise la disparition d'un cimetière - soit une double disparition des disparus - après soixante dix ans de son existence. Ce qui n'est pas le cas des cimetières marins juifs qui existent là depuis les Romains et les Phéniciens. Pourquoi avoir touché à la tombe de Mina ma grand mère ? Une question douleureuse et lancinante qui me tarrode encore et toujours...C'est aussi, parce que nous autres les locaux, nous n'avons jamais eu de pouvoir de décision au niveau local. On est dans les petits métiers, d'artisans, de marins, d'instituteurs,dans une espèce de marge réduite de facto au silence; celui des morts-vivants, celui des marges indiscibles : c'est ce qui en moi attira la sympathie d'un autre illustre marginal, d'un marginal professionnel dénommé Georges Lapassade. Marge des marges : Je viens de découvrir que la pluspart des marchands de fruits et légume de la ville sont originaires des Ida Ou Gord, la tribu riveraine de l'oued Ksob qui, chaque hiver, déverse ses allovionnement sur ces rivages.

« Nous sommes nés d'une poussière d'atome et nous redeviendrons poussière. ». Cette formule usuelle indique que pour les musulmans, la dépouille mortelle n'est pas si importante ; et que ce qui importe est l'âme qui monte au ciel : « Ils t'interrogent au sujet de l'âme, dis : l'âme relève de l'ordre de mon Seigneur. Et on ne vous a donné que peu de connaissance. » (Sourate 17, verset 85). L'Islam fait ainsi le distinguo entre « Rûh » (l'esprit)  que Dieu rappelle auprès de lui, qui est d'essence  éternelle et la « Nafs » (le souffle vital), objet des désirs, qui est périssable avec le corps. Dans l'un de ses quatrains mémorables, Omar Khayyâm disait : « Allèges le pas car le visage de la terre est recouvert des dépouilles des morts. ». Ce qui importe ainsi pour l'Islam, c'est l'âme qui monte au ciel, attitude diamétralement opposée au Judaïsme qui accorde une grande importance à l'intégrité du corps après la mort et surnomme le cimetière « Beit Haïm »  (la maison des vivants).

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Le sympathique marchand de beignets m'apprend que le mot "croustillons"(à propos de ses beignets) se dit "Arisglay" en berbère. Son compagnon refuse de se laisser prendre en photo - souvenir en me disant : "à quoi bon ; celui qui est mort est mort de sa belle mort, et on n'entendra même plus parler de lui, ne srait-ce que son soupir..." . Négation de l'image, de l'écrit, de la trace humaine qu'on commé - more, de la mémoire des morts, dans un pays qui est pourtant connu pour son culte des morts : il est vrai que c'est un culte des saints qui ne concerne pas tous les morts.

Le mot "Arisglay" que vient de prononcer le marchand de beignets,signifie en berbère : il frit. C'est une friture de la patte de pain. Es-ce à dire que le mot "croustillon" n'existe pas en Berbère? Possible. Pauvreté du langage, pauvreté de la pensée, absence de nuances et de colorations intermédiaires dans une une langue qui ne connait que les oppositions binnaires? Pour exprimer les nuances des sentiments et des pensées, il faut des siècles d'écrivains et de penseurs. Les Berbères avaient certes un Saint Augustin, un Juba II ou un Ibn Khaldoune, mais ces auteurs s'exprimaient en Latin ou en Arabe et non en Berbère, leur langue d'origine- Jean Genet disait qu'au Maghreb, il n'avait rencontré que des Berbères! . Et nos auteurs d'aujourd'hui, recourent soit au Français, la langue du colonisateur d'hier, soit à l'Arabe, la langue du colonisateur d'avant- hier. Langues qui leurs permettents d'exprimer leurs frasques amoureuses en s'inspirant du Tourgueniev du premier amour, des maux du jeune Werther de Goeuthe, de la montagne magique de Thomas Mann, des amours et des tavernes interdites d'Abou Nouas, d'Anna Karenine de Tolstoï, de mort à crédit de Céline, d'Ainsi parlait Zarathoustra de Nietszch et des romanciers Américain de "lumière d'Aout", "des souris et des hommes" et "du viel homme et la mer", voir de l'auteur d' "un homme qui voulait être Roi"!

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Le pèlerinage circulaire des Regraga d'après Hamza Fakir

Les réalités ethniques sont belles par leur contiguité avec les racines millénaires de l'arganier sacé , mais les mots pour les exprimer se trouvent pour ainsi dire "figés", "ritualisées" parcequ'ils n'ont pas comme background conceptuel toute la production humaine depuis  Virgile, Abou Al Âllaa Al Maârri ( l'inspirateur de l'Enfer de Dante), Ibn Tofaïl (l'inspirateur de Robinson Crusoé), Xénophan et Homère jusqu'à Sartre et Dos Passos. C'est pourquoi un penseur féru de la dialectique Heguelienne et de la critique de la raison dialectique  Sartrienne, comme Georges Lapassade, était constamment sur ses gardes et sur la brèche pour que la pensée ne chavire pas au prise avec les réalités observées sur le terrain : dés qu'il quittait ce dernier, pour se réfugier dans sa chambre de l'hôtel Chakib, il plongeait illico dans les textes des sociologues Américains de Talcott Parsons et Harold Garfinkel, entre autre,  pour garder constamment en éveil la pensée et son mouvement. Il luttait ainsi contre le sommeil de la pensée issue du Moyen Âge! C'était  Socrate, Descartes et Leibnitz à la fois, se promenant en médina Maghrébine et berbère!. C'était l'ami, le maître Georges Lapassade. En représentant incarné du Siècle des Lumières ( il avait écrit dés 1952, un magnifique texte sur l'Emil de Jean Jacques Rousseau, dans la revue METAPHYSIQUE, au côté d'un texte de Bertrand Russel sur la logique post Aristotelicienne) il était diamétralement différent du contexte local qu'il étudiait et pour cette raison il était souvent incompris. Son séjour à Essaouira ne se passait pas sans malentendus, parce qu'il ne voulait jamais vivre comme Monsieur tout le monde, sans se poser de questions sur l'impenser de la vie quotidienne. Parce qu'il n'était pas justement "Monsieur tout le monde": il n'oubliait jamais son rôle d'intellectuel questionnant, dérangeant, remettant constamment en cause et en question, ce qui semblairt jusqu'ici des évidences à la Ptolémé. Il aimait aussi former en pédaguogue permanent, d'autres jeunes observateurs à l'observation, comme pour démultiplier à l'infini les regards et les points de vue,  sur la réalité sociale toujours identique à elle - même et pourtant différente et étonnante chaque jour. Quand la veine de l'écriture est là, me disait-il, il ne faut jamais arrêter, car l'écriture est en soit un formidable analyseur des réalités sociales! Il faut débusquer l'énigme pour franchir les faux miroires de l'idéologie sous le burnous duquel se drappe la réalité!

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L'artère qui donne sur Khobbaza (les marchands de pain), où Georges Lapassade avait ses habitudes. Ils allait surtout au café maure fréquenté par les Hamadcha  où il appréciait particulièrement le plat les abas (crûches), préparés à la sauce traditionnelle de l'Aïd El Kébir au point que le poète Mohamed Kheir Eddine qui descendait à l'hôtel des îles avait écrit une chronique polémique  au "Message de la Nation" intitulée: "Lapassade et les gargottes de Khobbaza"! .Critiquant ainsi l'interventionnisme de l'éminent sociologue français. Et Georges de lui rétorquer: "La merde est déjà là; je ne fait que la remuer!". Une leçon de la recherche-action de la part de l'inventeur de l'analyse institutionnelle en France! Deux hommes à la verve de haute vollée qui s'affrontaient ainsi intra-muros , en huis-clos Sartrien  à Essaouira, par chroniquues interposées dans les deux revues défuntes des années 1980: le "Message de la Nation" où écrivait Kheir Eddine, (cet hébdomadaire était le porte parole de l'Union Constitutionel que dirigeait Nadya Bradley), et "Lamalif" où écrivait Georges ,( mensuel de référence de gauche que dirigeait Jackeline Loghlam, connue par son pseudonyme de Zakya Daoud).
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L'arrivée du marchand de pains à khobbaza

"Si le grain ne meurt", Jean Gionot, "Souvenir de la maison des morts" , Dostoïovsky...Si nous ignorons la culture de l'autre, au moins pouvons-nous, nous souvenir de leurs meilleurs oeuvres et ces oeuvres concernent justement la mort, l'hômmage rendu aux morts, qu'on commémore, devant l'eternel et devant les hommes. Une manière de prière universelle pour les nôtres disparus aussi. Car nous ne pouvons nous connaître nous - même qu'en connaissons les langues et les cultures des autres. C'est le sens de ce colloque d'ouverture international qui se tiendra à Essaouira, ce printemps qui vient lentement au terme de cette  mort hivernale et qui rendra hommage à son éminnence Louis Massignon , le découvreur du martyre Hallaj, et à nos amis Georges Lapassade et Abdelkébir Khatibi, disparus, il n'y a pas si longtems de cela, au point qu'on ose à peine croire que le penseur de l'aimance et de l'amour courtois n'est plus là...Que le philosophe des Etats Modifiés de Conscience et de la transe, n'est plus au numéro 2 de l'hôtel Chakib d'où il appelait chaque matin le laitier Abdellah pour lui signifier qu'il va bientôt descendre de sa chambre et qu'il va falloire lui préparer sa galette de seigle à l'huile d'argan et son raïb(lait caillé "beldi" (des fermes fleuris de mimosas et de moutarde de Ghazoua) en guise de petit déjeuner avant qu'il ne se mette pour la journée et jusqu'à tard la nuit, devant sa machine à écrire, emplissant de son cliquetis la voûte céleste du Musée, pour que de ses mains nous puissions voir naître par dessus ses épaules des mots inouï venant à peine à la lumière du jour...

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Les poissoniers se prêtent volantairement à la photo-souvenir: ils ont l'habitude d'être photographié par les touristes
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Le port vit au ralenti: même les mouettes se reposent

Aujourd'hui, le samedi 6 mars 2010, huitième jour du mouloud, je reçois de mon ami Omar Tourougui cette information concernant Louis Massignon, auquel rendra hommage le colloque international sur les pèlerinages circulaires qui se tiendra à Essaouira du jeudi 7 au dimanche 10 avril 2010:

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Louis Massignon, le fondateur du pèlerinage islamo-chrétien des 7 Dormants. Fondateur de la "Badaliya", communauté de prières fondée en terre d'Islam  susceptible d'incarner la fraternité entre les trois religions monothéistes.L'oeuvre de Massignon nous invite à penser notre propre histoire comme le témoignage d'une parole de vérité.

Histoire, mystique et politique:La fraternité abrahamique selon Louis Massignon
Soiréedébat Jeudi 11 mars 2010 à 20h30 MJC Lillebonne, salle Eugé 14 rue du Cheval Blanc NancyIntervention de Bernard Sichère, professeur de philosophie à Paris 7,à l'occasion de la parution des oeuvres complètes de Louis Massignon.Bernard Sichère a publié notamment : Penser est une fête (Léo Scheer 2002), Seul un dieu peut encore nous sauver (Desclée de Brouwer 2002), Le jour est proche : la révolution selon saint Paul (DDB 2003), Il faut sauver la politique (Lignes Manifestes 2004), Catholique (DDB 2005). Son dernier livre L'être et le divin (L'infini, Gallimard, 2009), questionne le monde moderne dominé par la technique et par son envers "symétrique" l'obscurantisme des fanatiques.Soirée organisée par Diwan en Lorraine et la MJC Lillebonne Entrée libre ; un thé sera servi pour prolonger la discussion contact@diwanenlorraine.net. Après avoir rappelé un certain nombre d'éléments de la vie et de l'oeuvre de Louis Massignon, Bernard Sichère nous exposera le sens de la fondation par Louis Massignon de la "Badaliya", communauté de prières fondée en terre d'islam et susceptible d'incarner la fraternité entre les trois religions monothéistes.L'oeuvre de Massignon nous invite à penser notre propre histoire comme le témoignage d'une parole de vérité. Cet homme, qui fut un croyant authentique, voyait la foi comme une ressource et non comme un système de dogmes et de clergés. Son engagement dans la vie politique Jérusalem comme Ville Refuge, fraternité avec les travailleurs maghrébins en France, etc. illustre à quel point le "merveilleux" peut guider une intervention individuelle dans l'histoire profane. Pour Massignon et pour Bernard Sichère, le sort des trois religions monothéistes est à ce point noué qu'il est pour nous urgent de penser autrement l'histoire. Comment, aujourd'hui, ouvrir de nouvelles formes de fraternité, aussi "concrètes" que possible ?

Et mon ami, le professeur Omar Tourougui d'accompagner cette information sur Louis Massignon par cette question: Et le colloque d'Essaouira où en êtes-vous ? La réponse je l'ai obtenue hier de la bouche - même de Monsieur Mohamed Feraâ , président du conseil municipal d'Essaouira qui assistait à la soirée organisée au marché aux grain à l'occasion du 7ème jour de la nativité du Prohète qui marque l'apothéose des sept jours des fêtes du mouloud: "Vous aurez une réponse officielle sur le financement du colloque international qui se tiendra à Essaouira, le mardi 9 ou le mercredi 10 mars 2010".

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Mohamed Feraâ , président du Conseil Municipal d'Essaouira assistant aux cérémonies des fêtes du mouloud au marché aux grains

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Soirée du mouloud au marché aux grainx

Essaouira, le vendredi 5 mars 2010, septième du jour du mouloud 1431 de l'hégire.

Aujourd'hui, j'ai voulu partir à Diabet vers la mi-journée pour prendre des images plus lumineuses que celles déjà prises il y a quelques jours sous la pluie. Mais finalement j'ai renoncé : temps toujours couvert avec une très mauvaise lumière. Je me suis dis c'est aujourd'hui, jour du Mouloud qu'il est prévu une soirée musical au marché au grain : j'irai donc prendre quelques images de cette soirée.

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Hamza Fakir

En attendant comme il n'y a rien à faire de la journée, je fais un tour du côté de la galerie Frederic Damagaad, gérée actuellement par deux Belges : les artistes se plaignent de ces derniers parce qu'ils ne font plus l'effort de communication pour les faire connaître comme ce fut le cas du galeriste et critique d'art qui s'est établi à Taghazoute depuis qu'il a pris sa retraite. Mais du point de vue du contenu la galerie continue à fonctionner avec les mêmes peintres naïf : à part Hamza Fakir qui est originaire de la ville ; les autres, presque tous les autres viennent de l'arrière pays avec une dominance de deux villages Chiadma : Hanchane et Ounagha. Pourquoi ces deux villages en particulier ? Mystère. Si, il y a quand même une explication : le principal artiste de la galerie qui est Mohamed Tabal est originaire de Hanchane. Comme les autres villageois ont su qu'il a pu s'en sortir grâce à la peinture, ils se sont dit : « pourquoi pas nous ? »
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Hamza Fakir (détail)

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Mohamed Tabal

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Un phénomène d'imitation très connu à Essaouira : il y a eu une période de marchands de « raïb »(lait caillé), dés que ça a marché pour l'un , tout le monde a changé de fond de commerce pour devenir à son tour vendeur de raïb. Puis il y a eu une période de bazaristes venus du grand sud , de Riad, de téléboutique et maintenant de cyber café, quoique cette dernière mode est en recule, parce que tout le monde peut maintenant disposer d'Internet à domicile. Bref, l'imitation est l'une des explications possible du développement de l'art naïf dans certains villages Chiadma. L'effet « tâche d'huile » est parti de l'exemple de Tabal et de Hanchane.

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Mais il va de sois que chaque artiste naïf a son propre style. Ils ont quand même en commun de développer une thématique animalière et champêtre avec un fond imaginaire imprégné de croyances magico -religieuses ; le monde des démons et des djinns en particulier. Et c'est ce qui fait leur force, car on ne peut pas dire, au sens académique qu'ils ont la maîtrise du dessin :le réel avec ses règles de perspectives leur importe peu : il ne s'agit pas de reproduire le réel mais d'exprimer un imaginaire. Fort étrange et beau, d'ailleurs. Abdellah Oulamine, autre artiste urbain, qui tiens une boutique d'antiquaire sous l'horloge me fait remarquer que ce n'est pas la peine de regretter de ne pas avoir pris des vues d'ensemble de chaque tableau : l'art naïf se prête très bien au détail.

En passant par la Kasbah, j'ai eu deux retrouvailles intéressantes : la première avec l'ethnologue Allemand  Rudriger Vossen qui a publié un ouvrage sur les différentes technique de potiers et sur les différents styles de poterie, selon les différentes régions du Maroc. Un répertoire complet des villages spécialisés dans la poterie. L'ouvrage n'existe malheureusement qu'en Allemand. Au début de ce troisième millénaire le hasard a voulu qu'on s'est rencontré à Essaouira, où il avait acheté un Riad du côté de la Scala de la mer. Il travaillait alors sur les signes et les symboles des frises des portes en pierres de taille d'Essaouira. Il me faisait remarquer par exemple que si sur la porte de la marine on avait mis trois croissants, c'est pour signifier que ladite porte a été édifiée à la troisième fête du calendrier lunaire.

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Les trois croissants de lune signifient que la porte de la marine a été édifié à la troisième fête du calendrier lunaire; soit la fête du mouloud où nous sommes en ce moment.

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L’ethnographie Allemande porte donc un regard très pointu sur la réalité anthropologique en isolant un fait technique ou esthétique de son contexte tout en cherchant à lui conférer une portée générale :les signes et les symboles gravées sur les portes en pierres de taille sont systématiquement répertorié, comme pour faire parler les pierres. Sur certaines portes, certes on a reproduit l’étoile de David pour indique qu’il s’agit d’une maison juive.

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L'étoile de David orne cette porte monumentale de la nouvelle Kasbah édifiée en 1873.

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La nouvelle kasbah qui abritait de nouveaux entrepots, étant donné que ceux de l'ancienne kasbah fondée par Sidi Mohamed Ben Abdellah en 1764 ne suffisaient plus pour entreposer les marchandise. On appelait ces entrepots: "Lahraya dyal Lagracha": les entrepots de la gomme de sardanaque. Elle donne accès à la galerie Othello, en hommage à Orson Welles, qui tourna en 1949 un film inspiré du célèbre drame Shakespérien dont les héros sont le fougueux maure Othéllo et la charmante Desdémona. Orson Welles qui séjourna à Essaouira pendant six mois, obtint la palme d'or pour ce film en 1952; sous les couleurs marocaines - pour narguer le Maccartisme dont il était l'une des victimes - et avec comme hymne national une chanson de trouveur berbère appartenant à l'aed le Raïs Belaïd, dit-on!

Mais le symbole de la ville, par excellence, depuis sa fondation reste incontestablement la "Barakat Mohamed", qu'on trouve sur tous les monuments et auquelle Hucein Miloudi a dédié une sculpture à l'entrée de la ville:

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Barakat Mohamed de la tour Est de la Scala du port
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La Barakat Mohammed sculptée par l'artiste Hucein Miloudi à l'entrée de la ville
La démarche qui consiste à saisir la ville à travers ses seuls signes et symboles gravés sur la pierre de taille me semble réductrice à force d'être pointue. Mais c'est l'esprit Allemand : à la fin des années 1980 ; j'ai rencontré, avec Georges Lapassade, un étudiant viennois dénommé Kurt, qui est venu étudier la musicothérapie des gnaoua : il était venu avec un questionnaire d'une quarantaine de pages où le moindre détail est criblé de questions si serrées, que cela nous paraissait non seulement déconcertant mais on s'était demandé s'il y aurait un gnaoui normalement constitué capable de répondre à un questionnaire composé  de 884 questions ! Et si le fait de réunir autant de datas peut contribuer à mieux connaitre les Gnaoua ? Pour feu Boujamaâ Lakhdar ; rien n'est moins sûr :pour connaître les rites locaux, me disait-il, il faut un parcours du dedans ; une empathie avec la population observée. Autrement dit : on ne peut pas étudier la dimension religieuse et spirituelle comme des « chose ». On reste toujours extérieur à son objet. Bref, il faut pratiquer l'observation participante et compréhensive ; ce que Georges Lapassade pratiquait avec son ethnométhodologie : les ethnos - méthodes de guérison par la botanique, par la transe etc.
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La chambre de l'hotel Chakib(fenêtre ouverte), où séjournait Georges Lapassade chaque été, à Essaouira: c'est là qu'il travaillait directement sur les textes de l'ethnométhodologue Harold Garfinkel, tout en allant chaque matin au Musée où il me retrouvait ainsi que feu Boujamaâ Lakhdar pour travailler sur la tradition orale locale ainsi que sur l'"Empire des Signes" de la bijouterie et de la marqueterie.
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En sortant le matin de l'hôtel Chakib, Georges Lapassade s'arrêtait pour prendre un "raïb" (lait caillé) chez le laitier juste en face. Il biffurquait ensuite à droite en passant d'abord devant Hammam Chiadmi où il lui arrivait de prendre un bain, passait ensuite devant la zaouia Kettania au coeur de la ville avant de prendre à droite la direction du Musée, qu'il avait transformé en département d'ethnographie et de Sciences de l'Education (il recevait souvent des enseignants du CPR, en consultation, ainsi que Mohamed Boughali , le doyen de la faculté des Lettres de Marrakech). Pour aller au Musée il passait devant l'ancienne maison consulaire d'Angleterre la seule à conserver encore les traces de l'étendard de la reine, sur lequel viennent souvent se poser les mouettes.
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Tout au fond, le bain maure "Hammam Chiadmi", où Georges Lapassade venait prendre son bain. Il est situé juste en face de Derb Abibou, le chantre du Malhoun Souiri des années 1960, qui y disposait d'un four à pain. C'est là qu'habitaient Boujamaâ Lakhdar et Larbi Slith, les deux artistes mystiques de la ville: tous deux sont morts d'un cancer la même année de 1989.
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La zaouia Kettania devant laquel passait chaque matin Georges Lapassade, vers le coup de 9h. Il travaillait sans arrêt toute la journée et jusqu'à tard la nuit au Musée: il épuisait tout le monde, alors que lui-même dns une espèce d'état modifié de conscience, ne cessait de s'épanouire spirituellement à fure et à mesure qu'il avançait dans son travail.Un véritable buldozer!Il pouvait produire un rapport de plus de 300 pages en une semaine! Comme ce fut le cas pour une commande de la province sur le tourisme des classes moyennes ou sur le Festival de l'Aïta de Safi en 1983. Mais une fois le rapport terminé, il le mettait dans un sac deplastique et le confiait à la bonne de l'hôtel juste avant de prendre l'avion pour rejoindre Paris 8 au mois de septembre: c'est de cette manière que de nombreux textes de Georges ont été perdu à jamais! Il les mettaity dans un débarras avec les casseroles et les assiettes...?. Comme si leur seule finalité est de lui avoir permi de passer un été studieu: il n'aimait pas "bronzer idiot"....
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Une mouette perchée sur ce qui reste de l'étendard de l'ancien consulat de Sa Majesté  la rReine d'Angleterre, devant lequel passait chaque matin Georges Lapassade. En me parlant des anciens consuls acrédités au XVIII è siècle dans la ville;Georges gloussait souvent de jubilation de leurs hypocrites manières diplomatiques avec la Cour...
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La Maison du Danmark: c'est au coeur de l'ancienne Kasbah fondée en 1760, une des toutes premières maisons, lorqu'il n'y avait ici que du sable et du vent. En recevant à Marrakech Georges Höst, le consul du Danemark , Sidi Mohamed Ben Abdellah lui recommanda vivement d'envoyer son adjoint Barisien à Souira ou Mogador pour y construire une maison spacieuse et convenable. Et juste avant de prendre sa retraite à Taghazout Frederic damgaard voulait l'acquérire pour la transformer en Maison de la Culture où seraient reçu pour un séjour plus ou moins long _ à la manière de Villa -Médicis - les artistes pour leur création littéraire, cinématographique, plastique, poétique etc. Mais comme d'habitude pour les projet culturels au Maroc; l'idée n'a jamais pu voir le jour , faute de preneur....
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L'ethnographie n'est pas dépourvue d'une esthétique de la nature et les anthropologues d'une nostalgie des origines. Ils sont des hippies à leur manière : au lieu d'étudier le marché capitaliste en occident ; ils préfèrent s'imprégner d'exotisme, comprendre une mentalité différente de la leur. Par exemple notre attitude magico - religieuse vis-à-vis du tabou de l'image :prendre en photo quelqu'un, c'est ravir son reflet et par delà , ravir son âme. On peut faire magiquement et à distance du mal à quelqu'un en enfonçant par exemple des clous sur son effigie ou son image. C'est pourquoi souvent les gens rejette l'image. En me promenant très tôt dans la ville avec un appareil numérique ; un homme à bicyclette s'est écrié à un charretier : « éloignes - toi ! Il risque de te photographié ! » Et commej'ai voulu plus tard prendre des images d'un match de foot balle sur la plage, un footballeur me dit : « Pourquoi, vous nous prenez en photo ? Nous ne sommes pas des animaux ! »   Toujours ce lien entre l'image et la mort ! Car les animaux sont fait d'abord pour l'abattoir et le sacrifice. Les hommes ne peuvent être photographié que lorsqu'ils font la fête, comme ça sera le cas ce soir avec la fête du mouloud au marché au grain ; là, par contre on réclame le photographe et le vidéaste pour archiver la fête dans son album de famille . Et comme il s'agit d'images collectives ; le sorcier ne peut pas les manipuler pour jeter le mauvais sort à un individu en particulier. Bref, l'image fascine, l'image fait problème, en étant l'objet d'une attitude ambivalente : à la fois rejetée et réclamée. C'est de telles attitudes mystérieuses et complexes qui fascinaient des anthropologues cartésiens comme Georges Lapassade, parce qu'il n'arrivait pas toujours à les élucider et cela concerne des tas de domaines qui restent frappés d'opacité malgré des années d'approche pour les comprendre : cela concerne la sexualité, la politique, l'administration, l'art, l'économie, les médias, la justice etc. Bref, plus on étudie la société marocaine, moins on la comprend.

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Mohamed Hifad en discussion avec David Bouhadana: "Quand j'étais gosse, j'étais un berbère endurci, me dit-il, et c'est mon ami Bouhadana qui m'avait appris la "darija" (l'arabe dialectal)!Son père était le moteur de la tannerie Carel d'Essaouira et lui maintenant à Marseille est le moteur des bateaux et des cargots en tant qu'ingénieur thermique!""

L'autre évènement de la journée, toujours à la kasbah, c'est la brève rencontre avec David Bouhadana, enfant du pays, issu d'une des premières familles juive d'Essaouira, qui vit à Marseille : retour au bercail  après de nombreuses années d'exile. Ce qui est remarquable , c'est cet attachement au lieu de naissance : en tant qu'ingénieur naval, Bouhadana a fait le tour du monde et reste pourtant nostalgique et attaché à ce bout du monde comme on le voit à sa manière de tenir la main à Mohamed Hifad, son ami d'enfance. Ils évoquent tous les deux, leur jeu de billes, les entrepôts d'amandes, les sirènes des cagots qui attendaient au large les barcasses chargées d'amandes, de caroubes et de peaux. Une nostalgie qui me fait un peu peur parce qu'elle indique que nous commençons déjà à vieillir et que le temps que nous avons passé ailleurs était chargé de blessures. Les blessures de l'âme, plus difficile à cicatriser que les blessures du corps. Et ce qu'il y a de plus pathétique dans cette communion entre Mohamed Hifad et David Bouhadana, par delà la religion, c'est que la ville a pu les réunir en tant que cadre social de la mémoire commune : Bouhadana a vu du monde, mais n'a pas oublié Essaouira et Essaouira n'a pas oublié Bouhadana. Emouvantes retrouvailles...

Mohamed Hifad et David Bouhadana, en campagnie d'Abdelkader Mana

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En croisant à nouveau David Bouhadana à la Kasbah, je lui demande cette précision:

- Comment tu as su que votre famille existe soixante années avant la fondation officielle d'Essaouira en 1760 ?

- Mais c'est écrit sur la tombe de notre aïeul ! Il a été inhumé en l'an 1700 au cimetière israélite de Mogador qu'on appelle « Miâra »  ou « Beït Haïm » qui veut dire : la maison des vivants.

C'est dire que l'enracinement de la communauté juive est fort ancien à Essaouira : déjà, en 1641, le peintre Néerlandais Adrien Mathan qui visita ces rivages au bord d'un vaisseau  pouvais écrire  qu'on célèbre ici trois dimanches :« Celui des musulmans, le vendredi ; celui des juifs, le samedi et le nôtre, le dimanche. »

La mémorable soirée du marché aux grains

Le soir, au marché au grain, il faut être muni d'un carton d'invitation pour assister à la soirée du mouloud animée par les Haddarates d'Essaouira et les hommes du madih et du samaâ. Tout le monde était en tenue de cérémonie. A force de répétions et grâce à leur récent passage par la télévision, les chanteurs et chanteuses locaux ont pris de l'assurance : ils sont maintenant en mesure de tenir tête à n'importe quelle star de la chanson national.

 

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Mais comme le marché au grain n'est pas une salle couverte ; la chorale comme son public hétéroclite - certaines femmes portent encore le haïk en ce début du troisième millénaire -  ont du quitter précipitamment la scène en raison de la fine pluie. Heureusement celle-ci n'était qu'une averse passagère et la soirée a du reprendre aussitôt. Mais en raison d'un éclairage défectueux la prise de photos est un peu sombre. Les officiels se sont fait un peu attendre, mais vers la mi-soir Mr. Mohamed Ferraâ, le président du conseil municipal de la ville a fait son apparition au premier rang. Au sortir de cet hiver un peu morose, où les activités économiques semblent avoir du mal à démarrer, il faut reconnaître aux Haddarates et à la pugnacité de leur présidente Latifa Boumazzorh, un certain mérite de faire bouger un peu les choses en cette saison morte où tout semble immobile...

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Faute de participer aux fêtes du mouloud à Meknès, endeuillé cette année par la mort de quarante et une victimes sous les décombres d'un vieux minaret, nous sommes resté sagement à Essaouira pour assister à cette soirée du mouloud donnée au marché au grain : ce qui est beaucoup plus proche d'un concert de musique classique - le festival des alizées est passé par là - que d'une cérémonie traditionnelle de commémoration de la nativité du Prophète, qui se déroulait d'ailleurs dans le cadre traditionnel de la zaouia.

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Une espèce de modernisation  de ces fêtes du mouloud avec des haddarates nouveau look : alors que les haddarates et les voyantes médiumniques de jadis étaient invisibles et leur rite relevait de l'occulte et du mystérieux, celles d'aujourd'hui sembles chercher volontairement les feux de la rompe : on cherche la mondanité et le vedettariat dont on a vu le modèle à copier lors des festivals et dans les magazines des stars comme « Voilà »...

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Texte et reportage photographique d'Abdelkader Mana

19:41 Écrit par elhajthami dans Reportage photographique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : photographie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/02/2013

DE L'ECONOMIE DE RENTE AU MAROC

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Le dimanche 3 février 2013, décède l’économiste marocain Driss Benali, célèbre pour son franc parler et ses interventions publics sans concession sur l’état de l’économie et de la société marocaine. En guise d’hommage, nous traduisons ci-après sa dernière intervention sur l’économie de rente au Maroc, parue aujourd’hui, samedi 23 février 2013, à la page 6 du quotidien arabophone Al Masaâ (le Soir).

 DE L’ECONOMIE DE RENTE AU MAROC 

 PAR DRISS BENALI

Je commencerai mon intervention, en s’attaquant à certaines fausses idées largement répondues. La première de ces idées est celle qui consiste à dire que l’économie marocaine est « en développement ». Or, il faut que trois conditions soient requises pour qu’on puisse parler d’une économie en développement : 

  1. Il faut enregistrer une croissance d’au moins 7% sur le long terme, si non sur les dix prochaines années, pour qu’on puisse parler d’une économie en développement acceptable sur le plan scientifique. Or ceci ne s’applique pas au Maroc. De ce fait on ne peut affirmer que son économie est « en développement » , parce que la croissance économique enregistrée annuellement au Maroc est de l’ordre de 4 à 4,5%.
  2. La deuxième condition requise, est de disposer d’un système de gouvernance adapté et efficace. Or l’absence de cette condition constitue un véritable obstacle au développement économique du Maroc. Ceci dure d’ailleurs depuis le règne précédant, lorsqu’ à la lumière des rapports de la Banque Mondiale sur le Maroc au cours des années 1994-1995, le roi Hassan II, avait déclaré que « le Maroc est menacé d’un arrêt cardiaque ». Ce rapport de la Banque Mondiale, considérait que la gouvernance au Maroc n’était pas bonne. Ceci ne nous empêche pas de reconnaitre, les correctifs qui ont été apportés depuis cette période.
  3. Il est à remarquer que tous les Etats dont les économies sont taxés avec raison « d’économie en développement », s’orientent vers la consolidation des liens sociaux, ce qui ne s’applique pas au Maroc. Puisqu’il est considéré à la tête des Etats maghrébins souffrant de grandes disparités sociales. Ces disparités, constituent d’après les économistes, un obstacle majeur au développement économique. La règle est que plus ces disparités sont grandes, plus l’économie aura du mal à décoller, voir qu’elle ne décollera jamais . Cette règle générale se fonde sur une autre règle qui veut que le décollage économique se fonde sur l’élargissement de la classe moyenne. Ce dont manque justement le Maroc jusqu’à maintenant. 

Quelles sont donc les spécificités de l’économie marocaines ? Et quels sont les principaux obstacles à son développement ?C’est tout d'abord une économie de marché « bombardée » par une économie de rente. C’est sa principale spécificité. 

 Le système politique en place au Maroc, n’a pas cessé de parler, depuis la décennie 70 du siècle dernier, du libéralisme et de l’ouverture. Sauf que tout le monde sait que les rapports, y compris ceux des institutions internationales, surtout le rapport préparé par les français en 2005, qui sont connus pour leur rigueur en ce domaine, décrivent l’économie marocaine comme étant « néo-traditionnelle », fondée sur la distribution des privilèges à ceux qui soutiennent l’autorité , ce qui entrave l’accès à l’économie de marché, du fait que cela nécessite une véritable culture libérale.

 Qu’en est-il maintenant de l’économie de rente ? 

Du point de vue économique, est considéré comme « rente » toute distribution des ressources sans création de valeur ajoutée. Et quand les ressources ne sont pas mobilisées pour créer de la valeur ajoutée, ceux qui en disposent se transforment en parasites du fait de l’absence de leur contribution, d’une manière directe ou indirecte, à la création de richesses. Ceci est une autre caractéristique de l’économie marocaine, qui s’est consolidée profondément, surtout après les deux tentatives de coup d’Etat, que le Maroc a connu dans les années 1970 .Au cours de cette période, le défunt roi Hassan II avait réunit les militaires et certains fonctionnaires en leur disant : « Enrichissez-vous autant que vous voulez, mais ne faites pas de politique. » 

Et je rappellerai ici une phrase regrettable qu’avait prononcé Hassan II lors d’une interview qu’il avait accordé à un journaliste français dans les années 1980. En réponse à une question relative à la corruption il avait répondu : « l’essentiel est que la corruption soit en dirhams ». Ce qui exprime d’une manière claire l' institutionnalisation de la corruption. Il faut savoir que celle-ci était une exception juste après l’indépendance, et ce jusqu’en 1971. Et ceci principalement pour deux raisons et je reconnais ici un certain mérite au colonialisme : on peut critiquer les français à bien des égards, mais nous devons leur reconnaitre le mérite d’avoir consolidé dans ce pays le sens de l’Etat. Même les anciens officiers de l’armée française, ont réuni tous les défauts et les travers, mais n’étaient pas corrompus. Le général Ahmed Dlimi était le premier à ouvrir le bal de la corruption après l’indépendance. Sachant que la politique du Maroc a fortement contribué à l’élargissement de l’économie de rente, même si on le justifiait par le besoin de créer une bourgeoisie nationale et d’entrepreneurs en mesure de dynamiser l’économie marocaine à la manière japonaise. Ce qui a permi à certains de décoller économiquement, comme on peut le constater clairement actuellement.

 Après 1971, le ministère de l’intérieur a contribué à l’élargissement de l’économie de rente. A côté de la bourgeoisie traditionnelle, on a visé le monde rural, ce qui a contribué à élargir encore davantage cette économie de rente. Les privilèges se distribuaient avec une facilité déconcertante. Et même ceux qui n’ont pas bénéficié d’une part de ces privilèges de rente, ont su comment y accéder avec leurs propres moyens, à des privilèges particuliers. C’est le cas du nord du Maroc qui était marginalisé ce qui l’avait conduit à souffrir de phénomènes économiques négatifs : contrebande, falsification électorale, émigration, blanchiment de l’argent de la drogue etc. Il faut dire ici, que rien que le fait de refuser de payer ses impôts peut être considérer comme faisant partie de cette économie de rente. Et c’est de cette manière que cette économie de rente s’est généralisée. Or, il n’est arrivé nulle part à travers l’histoire, qu’une économie ait pu décoller sous l’emprise de la corruption. Et notre classement mondial est bien connu à cet égard.

La généralisation de la corruption qui avait au départ des causes politiques, a vite acquis un caractère culturel dés lors que tout le monde s’est mis à le pratiquer. C’est pour cette raison qu’il faut prendre en considération cette donne dans toute tentative d’éradication de la corruption. La transformation de la corruption d’un fait politique à un fait culturel, lui a acquis des soutiens y compris dans les classes qui se trouvent au bas de l’échèle social, et je regrette de dire devant vous que je ne fait pas partie de ceux qui idéalisent le peuple. 

Dans ce cadre je rappelle la campagne d’assainissement que le Maroc a connu en 1996 , qui s’est transformée en instrument de règlement de comptes. Nous sommes en présence d’une économie ouverte et peu compétitive. Or l’ouverture, infitah, signifie pour le Maroc les endurances. Ceci apparait clairement dans le déficit de  la balance commerciale. Ce qui signifie que cette politique de l’infitah est une erreur. Car le Maroc n’est pas en mesure de s’ouvrir sur l’extérieur, non seulement en raison de la faible compétitivité de son économie, mais surtout de la grande faiblesse de sa productivité, surtout avec le retard qu’a pris son industrialisation. Il est admis que les Etats les plus compétitifs est celles qui disposent d’une forte productivité et nous n’avons pas besoin d’avancer ici l’exemple de l’Allemagne. Il est vrai qu’il existe des Etat ayant réussi le pari de la compétitivité sans avoir une forte productivité, mais ils disposent d’un atout  dont le Maroc est également privé : un capital humain hautement qualifié. Et il n’existe pas d’Etat ayant réussi le décollage économique sans disposer de ce capital humain. Le Maroc souffre d’insuffisances dans ce domaine comme l’atteste clairement les données statistiques : un système d’enseignement en faillite, puisque nous sommes classés derrière les palestiniens qui sont en état de guerre et qui nous dépassent malgré tout dans ce domaine ; ce qui montre le niveau catastrophique de notre enseignement. Sauf que les arabes sont classés dans la même catégorie, quand on compare leur système d’enseignement avec ceux de l’Asie par exemple. Les asiatique ont bâti leur système d’enseignement en se fondant sur la réponse à cette question toute simple : Pourquoi se former ? Pour créer de la valeur ajoutée. Parler de la valeur ajoutée, c’est évoquer implicitement la nécessité de créer de l’emploi. 

L’élargissement de la classe moyenne impose de relever d’autres défis, la rénovation des institutions politiques en particulier. Et là j’ouvre une parenthèse, pour souligner l’impossibilité de réussir mécaniquement un progrès économique. Je ne fais pas parti de ceux qui disent qu’ « il n’est pas possible d’atteindre la démocratie sans démocrates », quoique cette affirmation soit porteuse d’une part de vérité. L’étincelle du printemps arabe n’est pas partie de la Tunisie par hasard. C’est qu’en Tunisie existent ce dont nous manquons dans notre pays, telle une classe moyenne relativement élargie, et une part importante de catégories cultivées. Cela me rappelle la célèbre phrase qui a été prononcée lors d’une rencontre entre Habib Bourguiba, l’ancien président  de Tunisie, et le roi défunt Hassan II, à la fin des années 1960, rapportée par l’ambassadeur de France à Tunis alors, dans l’un de ces livres : lors de cette rencontre, Bourguiba a demandé à Hassan II de faire comme lui : éduquer et former les citoyens. Hassan II lui a répondu : « Il n’en n’ait pas question ». C’était une réponse claire et franche. Et là, je vais aborder les deux facteurs décisifs qui n’ont pas permis au mouvement du 20 février de parvenir à ses objectifs et son arrêt à mi-chemin : la formation, l’éducation, et une élite modeste. Ces facteurs sont les principales causes qui ont fait que le mouvement n’était pas au rendez-vous de l’histoire. 

Au Maroc, le gouvernement ne prends pas de décisions : les vrais décideurs agissent dans l’ombre, et c’est la cause de notre sous développement et notre arrêt à mis chemin dans la mise en œuvre des réformes. Je cite à cet égard le général américain Marc Arthur qui disait : « Les causes des défaites dans les guerres ne sont connues que lorsqu’il est trop tard. » 

« Ainsi parlait Driss Benali, lors de sa dernière apparition public, juste avant son décès » d’après AL MASSAÂ, n°1996 , samedi/dimanche 23/24/2013 


10:30 Écrit par elhajthami dans hommage | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook