07/12/2011
Mohamed Tabal et les voyantes médiumniques
Pour symboliser les deux grandes fêtes du calendier lunaire, Mohamed Tabal a peint cette fiancée au tatouage berbère avec un croissant de lune à un oeil et un béllier en dessous pour signifier la fête du sacrifice, et un croissant de lune pour l'autre oeil pour symboliser la fête du mouloud où les voyantes médiumniques des gnaoua se rendent en pèlerinage à leurs lieux saints.
A l’occasion des fêtes du mouloud, toutes les moqadma des Gnaoua se doivent d’organiser une lila. Une nuit de transe. Elles effectuent aussi le pèlerinage à leurs saints protecteurs. Leurs esprits et leurs djinns. A chacune ses esprits protecteurs. Il y a celles qui sont les protégées de Sidi Ali Ben Hamdouch et de Lalla Aïcha avec toutes ces variantes : Aïcha la Dghoughi, Aïcha la bleu ciel, Aïcha Kandicha. Elles effectuent le pèlerinage à tous ces lieux dés le premier jour de la de la nativité d Prophète. En ce moment, on trouve les pèlerins sur les routes du pèlerinage à Sidi Ali . Ceux qui sont les protégés de Moulay Brahim, y conduisent leurs sacrifice. Il s’agit des moqadmas qui doivent se rendre à Moulay Brahim. Et il y a celles qui se rendent à Tamsloht. Ce sont les trois lieux saints auxquels elles doivent se rendre en pèlerinage.Bien avant de rencontrer maâlem Mahmoud, Malika vivait à Marrakech où elle participait à des lila au mois lunaire de chaâbane et à la fête du mouloud.
« La moqadma n’est pas en charge de son seul état,nous explique-t-elle : elle se rend en pèlerinage accompagnée de ses malades. C’est ce que j’accomplis moi-même, depuis 1985 , année où j’ai intégré cet ordre des voyantes médiumniques alors que je n’étais encore qu’une jeune fille. Je soigne les malades psychiques qu’ils soient hommes ou femmes. J’ai soigné des femmes qui étaient folles et des femmes stériles. Des filles qui n’avaient pas de chance dans leur travail. Des hommes qui ne connaissaient rien au mariage. Ils avaient peur rien qu’à entendre parler du mariage !"
A la nativité du Prophète, elle prend son balluchon de tissus de couleurs, ses autres accessoires, benjoins et encens et prend la direction de Marrakech , pour y rencontrer ses possédés. Pour que ces derniers se portent bien, il faut qu’ils viennent accorder les offrandes promises aux divinités. Ces offrandes qu’ils présentent chaque année :
« Il y a celui qui offre un sacrifice de bouc, il y a celui qui sacrifie un bélier, il y a celui qui sacrifie de la volaille. Il y a celui qui offre l’habillement : tunique noire, tunique blanche, tunique verte. Selon. Il y a celui qui a pour offrande le sucre, les bougies et tous les accessoires de la lila. Il m’est indispensable d’organiser une lila à Moulay Brahim. Mes malades m’y apportent leurs offrandes ainsi que les dons en argent que j’offre au marabout. Je rends visite à Moulay Brahim accompagnée de mes malades. Il y a des personnes qui sont empêchées de se rendre à ce pèlerinage, parce que la femme travaille, parce qu’elle est mariée et n’a pas le temps ; elle accorde son offrande à la moqadma qui se charge de la porter au sanctuaire. Tel le sacrifice et autres dons en monnaie ou en semoule. En tant que moqadma je réuni toutes ces offrandes tout en demandant aux malades comment elles se sentent ? Comment elles se portent ? »
Pour les filles novices qui viennent d’intégrer l’autel des esprits ; il leur est indispensable d’accompagner leur voyante médiumnique à Moulay Brahim. Là haut elles louent leur logis et font leur fête. Elles y réunissent leurs dons qu’elles vont offrir au lieu saint. Tel les sacrifices. Elles effectuent une circumambulation autour de Moulay Brahim et accordent leurs dons aux descendants du saint :
« Après le sacrifice, les descendants du saint nous accordent uniquement la tête du bouc ou du bélier. Le soir on prépare le couscous avec cette tête et on accorde ainsi la baraka aux esprits. On prépare aussi le repas sans sel à base d’encens et de viandes fade. On prépare un autre plat de couscous autour duquel se réunissent les hôtes de Dieu de passage en ces lieux saints/ Chacun a droit à sa part de baraka. »
"Les descendants de Moulay Brahim nous accordent leur baraka , que nous distribuons à toutes les filles qui nous accompagnent ainsi qu’aux autres possédés et on garde même leur part à celles qui ne sont pas venues. Cela consiste en henné, en sel, en levure, et en encens. Après quoi nous descendons vers la plaine en direction de Moulay Abdellah Ben Hceine."
- Tout à l’heure, tu m’avais parlé de cette femme qui accorde le bouc rouge….
- Cette femme est « frappée » par Sidi Hammou : il désire qu’elle soit voyante et moqadma. Mais ses enfants en ont honte. Chaque année ils accordent un sacrifice au mois lunaire de Chaâban et un autre au mouloud. Au mois de Chaâbane on organise la lila chez moi : elle tombe en transe et tout le reste. Et au mouloud je l’emmène avec moi à Moulay Brahim. Elle y tombe en transe et doit y sacrifier et y boire du sang de son bouc. Elle reste avec moi à Moulay Brahim jusqu’à ce qu’on descend ensemble vers Tamesloht.
-Pourquoi doit-elle s’abreuver de sang ?
-Parce que l’esprit Sidi Hammou aime le sang. Comment a-t-elle été frappée pour la première fois ? Elle a était « atteinte » de nuit, en lavant du sang menstruel à l’égout. En y versant de l’eau chaude sans demander la permission des esprits des lieux. Sans verser du lait. Elle fut « frappée » au moment où elle pressait ses mollets au dessus de l’égout. Elle perd conscience sur le champ. Depuis lors et durant trois années, elle vomit du sang. Chaque fois qu’elle tombe en transe, elle ressent une envie irrésistible de se mordre la peau. Elle ne s’apaise qu’à la vue du sang jusqu’au jour où on me l’a amené : en faisant « monter » les esprits, ceux –ci lui dirent : c’est Sidi Hammouqui t’a frappé et voilà ce que tu dois faire pour te faire pardonner. Elle organisa une lila et s’est sentie mieux. Mais l’esprit demandait davantage : il voulait qu’elle soit sa servante. Elle n’était pas encore soumise à sa volonté. Nous continuons à négocier sa reddition. Chaque il lui faut danser en état de transe. C’est indispensable. Elle ne doit pas se contenter de faire ses offrandes et partir. Il lui est indispensable d’offrir ses faveurs et de danser en transe. Que ce soit au mois lunaire de Chaâban ou au mouloud. Et qu’elle achète le sacrifice, et qu’elle achète le benjoin rouge, et qu’elle achète les bougies rouges qu’elle allumera au cœur du sanctuaire.
"A Tamsloht on est rejointes par le maâlem. Selon dépend des moqadma. Nous autres les moqadma novices on va à Tamsloht uniquement avec nos accessoires. Au cours de nos « manipulations », les gens se mettent à tomber en transe. Une fois que nous avons terminé une lila, ils se mettent à nous réclamer une autre. Si bien qu’au lieu de rester une journée à Tamsloht, on y reste une semaine entière. Et au lieu d’y organiser une lila, on y organise trois à quatre, c’est selon."
- J’aimerai que tu nous entretiennes des symboles de la lila. Il y a le lait,le feu…
- Il y a le fer. Il y a le bol d’eau de mer.
- Explique nous la signification de ces symboles? Que signifient le lait, les dattes ?
- Pour ce qui est des dattes et du lait, ils sont les symboles de la paix : c’est par eux qu’on accueille les esprits. On leur souhaite ainsi la bien venue. Il y a les esprits mécréants et il y a les esprits croyants. Cela signifie qu’on les accueille par la fête , pour qu’ils soient heureux. La fête dont il s’agit, c’est la lila. Une rencontre propice au dévoilement de vos cœurs. Ceci pour le lait et les dattes. Après vient le bol des esprits marins : il est le symbole de la pureté. Car le bol des esprits marins est le symbole de la mer : quand quelqu’un est malade et se sent serré dans sa tête, il se sent soulagé en voyant la mer. Comme tu sais la mer contient beaucoup de vertus. Dans le bol on met de la menthe : cela veux dire qu’il ne faut pas que tu fermes tes yeux, le monde est vaste et ne se limite pas seulement ici. Vois combien l’univers est vaste, et combien l’espérance est grander renaît. L’océan est symbole d’espoir et la mer ne nous vient que du bien.
Double lecture : recto, fiancée de l'eau, verso, aigle des cîmes
En pratiquant le zoom-out, on s'aperçoit que nous avons affaire à "une femme - oiseau".Le tableau se prête en effet à une double lecture : oiseau d'un côté, femme de l'autre.Tabal se livre souvent à cette acrobatie, puisque certaines de ses oeuvres se prête même à une quadruple lecture : où qu'on tourne le tableau, on obtient une nouvelle lecture, un nouveau sens.Chaque détail du tableau est une oeuvre en soit.Une polyphonie de sens, une symphonie de formes et de couleurs : il y a le crocodille et il y a l'instrument à corde aux yaux grandes ouvertes qui constitue en même temps une amphore pleine des essences fortifiantes et vitales...Et je tais d'autres sensations encore...Plus on scrute le tableau, plus on en découvre de nouveaux détails et de nouvelle signications : le béllier du sacrifice, la calligraphie faite chose, l'oiseau étrange, les hommes vaquant à leur vie quotidienne en milieu rural....
Mohamed Tabal
On offre du miel à Sidi Hammou, en lieu et place du sang qui est quelque chose d’impure : si le sang était bon on l’aurait pas rincé de nos vêtements. Au lieu du sang, on te met du miel à la bouche. Au cours de la devise des rouge, il y a celui qui n’a qu’une envie : étrangler , mordre, manger de la viande crue. On lui substitue le sang par le miel : le mal par le bien. Ce qui est quelque chose de sucré et bon.
Vers la fin de la lila, on allume le feu pour éclairer les esprits sauvages. Quand on arrive à l’étape des esprits noires ; on opte pour le blanc, pour signifier que nous sommes encore sous la protection des esprits saints. Même si nous nous sommes possédés par les esprits noirs, nous expulsons ces mécréants par le feu et nous appelons les croyants en se couvrant des draps blancs. On distribue les bombons et les confiseries aux filles : cela veux dire que nous avons expulsé les esprits mécréants par le feu et nous accueillants les esprits croyant par les sucreries.
- Y-a-t-il un lien entre la lila et l’univers ? Entre la lila et les manifestations de vie et de mort ?
- Le lien réside en ce que Dien le plus haut a crée le monde, il a crée en même temps le djinn et l’humain. Ils ont leur vie et nous avons la nôtre. Pou la femme chaque enfantement est un traumatisme , après lequel elle n’a plus envie d’accoucher durant deux à trois ans. Mais le jour où elle tombe enceinte, son espoir renaît en ce monde. Psychiquement, elle n’accepte pas d’avoir un mort-né. C’est là qu’intervient le rôle des djinns. Elle pleure de jour comme de nuit. Au point que sa foi en Dieu faiblit. Elle en vient à se demander si les djinns ne lui avaient pas dérobé son bébé? S’il n’a pas été frappé par le mauvais œil ? Elle se sent possédée ; s’éveillant de nuit et dormant de jour. Et qui y-at-il dans la nuit ? La nuit est peuplée de djinns. Ce sont eux qui ont possédé cette dame. Elle commence à tomber en transe : elle crie. Elle ne trouve plus guère d’apaisements que dans la transe. Quand le maâlem joue les devises de « hadya », d’il n’y a de seigneur qu’allah ou encore celle de « ô koubayli, ils ont emporté les miens »…Le maâlem chante à ce moment précis la souffrance qui la taraude : elle se met à crier quand lui chante, parce qu’il atteint ses pulsations vitales. Son éros en souffrance. C’est le lien qui unit la danseuse au musicien.
Combien de femmes espèrent se marier mais à l’heure où le destin allait sceller la liaison tout se désintègre : le mari s’enfuit, le mari meurt, il s’est peut-être marié avec sa propre amie. Comme si le diable l’a « enveloppé » (katelbass). Son plus ardent désir est de quitter au plus vite sa situation de recluse à l’intérieur du foyer. C’est en le quittant qu’elle trouve l’apaisement. En se réfugiant dans une enceinte sacré tel Sidi Rahal ou bien Bouya Omar où résident les fiancée folles. Les sevrées d’amour. A Sidi Rahal elle trouve les Jilala, les maîtres de la transe : pour retrouver l’apaisement elle doit danser aux rythmes des Jilala.
L’homme qui paraît n’accorder aucun intérêt aux femmes est souvent possédé par Aïcha. Quand sa maman l’accompagne en consultation chez nous en nous disant : je désire le marier. Nous découvrons que son « problème » s’appelle Aïcha. C’est elle qui le ligote en créant des nœuds dans sa vie : mtaqfah. Il te dit lui-même qu’il désire se marier , mais en réalité, il ne passera jamais à l’acte. Il faut qu’il accomplisse les rituels nécessaires pour qu’Aïcha le délivre. L’homme doit toujours se frotter à la femme. Il doit toujours s’égailler de la féminité, ne jamais rester seul. Quand il reste seul, Aïcha le ligote. C’est elle la castratrice de beaucoup d’hommes. Le rôle de Sidi Ali est de les en libérer. Si nous avions un peu de temps, on se serait rendu à Sidi Ali. Les problèmes qu’on y rencontre sont ceux des hommes plus que des femmes. Des hommes castrés par Aïcha. Ils lui sacrifient dans sa grotte pour qu’elle les libère pour qu’ils puissent se marier et retrouver leur virilité et leur masculinité. C’est le genre d’hommes qui n’aiment pas se réunir avec les autres hommes. Ils préfèrent le boudoir des femmes et les jupes de femmes, où ils chantent et rient. Cela veut dire qu’ils sont possédés par Aïcha.
« Combien d’hommes j’ai reçu ici accompagné de sa mère, me disant qu’il veut se marier. Mais au moment où la porte est bien dressée sur sa poutre (expression qui veut dire : au moment où tout est prêt), il te dit : Non ! Il n’y a pas de fille qui me mérite ou que je mérite. En consultant l’autel des esprit je découvre qu’il est possédé par Aïcha !
En négociant avec elle, nous lui disant :
- Est – ce lui l’objet de ton désire ?
Elle nous répond :
- Cet homme, je le veux ! Je désire me marier avec lui ! Il mourra s’il désire une autre femme !
Nous lui demandons :
- Que veux – tu au juste ?
Elle nous répond :
- une vache à chaque moussem.
C’est son exigence pour le libérer. A condition que la femme avec laquelle il se mariera ne doit jamais lui interdire de rendre hommage à Aïcha. D’un samedi, l’autre, il doit s’encenser. D’un moussem, l’autre, il doit se rendre en pèlerinage. Il doit sacrifier. Quand une lila a lieu ; il doit y assister et y offrir ce qui est nécessaire à son déroulement. Aïcha peut lui rendre visite de nuit. Elle gâtera ses désires d’elle. Ce sont là ses conditions. Maintenant il a donné naissance à trois enfants et se porte à merveille.
-Il a trouvé la femme…
- Oui, une femme qui l’a accepté.
- Parce qu’auparavant les femmes n’en voulaient pas ?
- Il y a celles qui hésitent
- Il y a ceux que les femmes ne désirent pas
- Oui.
- Cela veut dire qu’Aïcha l’empêche et à chaque fois qu’il s’approche d’une femme..
- Elle s’empresse de le fuir. Quand il l’aborde pour la première fois, elle lui dit : « Oui ». Mais le lendemain elle lui dit : Non ! Je ne veux pas de toi. C’est un nœud, un tqaf. C’est comme si Aïcha effarouchait les autres femmes de s’en approcher.
- Y-t-il des lila particulières que les gnaoua et leurs possédés doivent organiser à des moments favorables, telles les nuits de pleine lune ou de demi lune. Y-t-il un lien..
- Avec les planètes ? Il y en a. Il y en a qui concernent Aïcha et il y en a qui concernent Malika. Ils ont une relation avec les planètes. Ils présentent leurs vœux en période de pleine lune. C’est du domaine de l’astrologie. Il y a celui dont le signe est de feu et il y a celui dont le signe astrologique est de nature terrienne. Le remède de chacune dépend de la nature de son signe astrologique. Voici ce qu’il faut faire et voilà le moment propice où il faut faire. Par exemple pour ce qui concerne l’homme, il doit s’abstenir de se raser les cheveux à certaines périodes particulières.
« Il faut compter les lettres qui composent ton nom. Savoir avec précision quand tu es né. Ton esprit libre. Des procédés magiques qui nous permette de te « lire » entièrement. C’est de cette manière qu’on arrive à identifier le djinn qui te possède. S’agit-il d’un mâle ou d’une femelle ? Que veulent de toi, ces esprits possesseurs ? Que te réclament-ils ? Te veulent-ils du bien ou du mal ? Nous on se contente de dire : je suis possédée par Aïcha, je suis possédée par Mira. Mais qu’est ce que tu as réellement ? Est-ce que cet homme te veut du bien ? Êtes vous d’humeur compatibles ? »
Mohamed Tabal
Les Gnaoua, les vrais, ne travaillent pas le samedi. La nuit du vendredi au samedi est celle des esprits sauvages. Les Sabtaouiyne (ceux du samedi) sont mauvais. As – tu jamais assisté à une lila (nuit rituelle) des sabtaouiyne (ceux du samedi) ? Ils réclament des choses mauvaises. Ils peuvent par exemple te demander quelques choses des latrines, ils peuvent te demander du sang, ils peuvent te demander un cadavre. Tant qu’ils le peuvent les gnaouas qui prient pour le Prophète, comme tu sais, évitent cette nuit du vendredi au samedi. Ils lui préfèrent les jours du lundi et du vendredi, et évitent le mercredi porte malheur.
- Ce point concernant les esprits juifs du samedi, nous amène à parler de la religion des esprits possesseurs :il y a ceux qui sont musulmans, ceux qui sont juifs et ceux qui sont chrétiens. Et on dit que les esprits possesseurs juifs sont les plus difficiles à déloger ?
- Ce sont des êtres semblables à toi. Vous avez votre religion et j’ai la mienne. Et nous n’avons crée Adam que par la foi. Nous répond Mahmoud Guinéa.
- On raconte qu’au nord d’Essaouira, existait un figuier hanté par un serpent auquel les femmes des gnaoua présentaient des offrandes. Elles organisaient une fête saisonnière sous cet arbre.
- C’est Sidi Abderrahman. Depuis l’âge de douze ans, je m’y rendais en pèlerinage avec tous les gnaoua d’Essaouira. Chaque année on y festoie durant sept jours à partir du septième jour de la fête du sacrifice. De leur vivant nous y accompagnaient les serviteurs, lakhdam, ainsi que la troupe des gnaoua . Il y avait un lieu où on dansait en transe, où on organisaient cette fête annuelle, immolant sous cet arbre hanté par un grand serpent qu’on appelait Sid –El- Hussein. On l’encensait et on tombait en transe. Lors du rituel cette créature sortait mais sans faire de mal à personne. J’ai accompagné les Gnaoua près d’une vingtaine d’années à ce sanctuaire de Sidi Abderrahman Bou Chaddada.
« Parler de ce figuier, poursuit Mahmoud Guinéa, nous amène tout naturellement à évoquer le gunbri . Ton père, que Dieu ait son âme, m’a appris deux choses à ce propos ; que les Gnaoua ont deux instruments à cordes : aouicha – qu’il fabriquait devant moi- et le gunbri. Et que celui qui n’a pas pratiqué aouicha, ne devait pas toucher au gunbri. Et votre père, que Dieu ait son âme, d’ajouter que les premiers Gnaoua confectionnait leur gunbra à base d’une grande courge évidée et desséchée. Mais quand ils ont découvert que le figuier donnait de meilleures résonances ; ils ont commencé dés lors à en fabriquer leur gunbri. »
Dans le temps les premiers gnaoua étaient venus avec un gunbri à base de courge comme tu as dit, confectionné d’une manière africaine. Après quoi ils ont adopté le figuier pour sa belle résonance, sauf que sont instrument est habité, hanté, maskoun. Son maniement nécessite purification. On ne doit pas y toucher en état d’ivresse. Car le figuier s’est sanctifié par les nombreuses années qu’il est resté sur cette terre avant d’être coupé pour en faire le gunbri. Donc, elle est déjà habitée, hantée, maskouna. Le maâlem lui accorde toute son attention en l’encensant. Le gunbri vieillit aussi : passé quarante ans, il se met à résonner tout seul quand tu le suspend au mur. Il parle tout seul la nuit.
- Tu sens comme si quelqu’un raclait ses cordes, me dit Guinéa. Le tambour, bouge lui aussi. Tu entends sa résonance.Pendant longtemps les instruments des maîtres disparus sont restés dans la zaouïa comme des antiquités sacrées auxquelles personne n’osait toucher. On se contenter de les visiter pour en recueillir la baraka.
-Lorsque j’écrivais mon livre sur les Gnaoua,lui dis-je, l’un des maâlem , Paka que Dieu le guérisse ou Guiroug, m’a raconté qu’enfants ils se rendaient à la zaouia de Sidna Boulal, où ils rejoignaient Mahmoud Guinéa et ils allaient ensuite confectionner aouicha, la petite guitare à table d’harmonie en zinc qui leur servait à s’exercer avant de jouer au gunbri.
- On était alors en période d’apprentissage : dés notre prime enfance, on était des amateurs de Gnaoua. On confectionnait notre instrument en se servant du zinc en guise de table d’harmonie et du nylon en guise de cordes. Et on se servait des boîtes de conserve de sardines pour confectionner les crotales. Et on allait s’amuser ainsi au village de Diabet. Une fois, alors que nous étions encore tous jeunes, la tombée du jour nous a surpris dans la forêt de Diabet où nous nous sommes mis à scander Charka Bellaydou, une devise des gens de la forêt. Très sérieusement, dés que nous avons entamé ce chant, nous apparu alors, surgissant de nulle part, une sorte de Kinko A l’apparition de cette énorme créature, nous prîmes la poudre des escampettes. Fil blanc, fil sombre était la lumière dans les jardins de Diabet, près de l’oued.
- Au début tu accompagnais ton père , que Dieu ait son âme, en simple qraqbi (joueur de crotales) . Ton père jouait du gunbri et tu as commencé tout jeune en tant que qraqbi et en tant que jeddab (danseur rituel). Tu jouait Kouyou, la partie ludique du rituel. Un jour ils t’ont préparé une gasaâ(plat de couscous) pour te reconnaître en tant que maître de la nuit et du gunbri.
- A la zaouïa, ils m’avaient préparé une grande gasaâ, de couscous, semblable à celle des Regraga décorée de bonbons, d’amandes et de noix. Les Gnaoua étaient encore tous vivants. Ils m’ont béni et j’ai commencé à jouer. Mon jeu leur a plu. C’est de cette manière qu’ils m’avaient reconnu en tant que maâlem. Ce n’est pas le premier venu qu’on recrutait ainsi. N’importe quel profane, apprenant sur cassette, se prétend maintenant maâlem. Pour le devenir vraiment, il faut l’avoir mériter à force de peines. Maâlem , cela veut dire beaucoup de choses. Il faut être vraiment initié à tout ce qui touche aux Gnaoua : apprendre à danser Kouyou,à jouer du tambour, à chanter les Oulad Bambara , a bien exécuter les claquettes de la noukcha . Il faut savoir tout jouer avant de toucher au gunbri, qu’on doit recevoir progressivement de son maître. Maintenant, le tout venant porte le gunbri et le tout venant veut devenir maâlem.
D’Afrique ils avaient amené avec eux la danse su sabre et des aiguilles. Ils dansaient également avec un bol rempli d’eau de mer contenant un petit poisson des rochers couleur d’algues dénommé BOURI. Cette danse s’effectuait quand on invoque la cohorte des mossaouiyne, les esprits de la mer…
Abdelkader Mana
14:02 Écrit par elhajthami dans Arts, Psychothérapie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : arts, psychothérapie |
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Mohamed Tabal en peintre de la vie rurale
Mohamed Tabal, le peintre-jardinier
Par Abdelkader Mana
Mohamed Tabal dont les oeuvres sont exposées ce dimanche 4 décembre 2011 à Casablanca refuse de s'y rendre : en cette période de gaulage des olives il prèfère rester dans son village de Hanchane pour s'occuper de la cueillette et de la trituration dans les antiques pressoires du pays Chiadma. En participant ainsi à la vie rurale, il en devient un observateur privillégié pour s'en inspirer et la peindre. Son atelier d'artiste se situe en effet au coeur de son village natal entouré de son jardin, de sa basse coure, de son souk et des carioles qui le sillonnent. Il y trouve surtout la paix, le silence et la lumière. Entouré de ses oeuvres en cours d'élaboration, il me montre accrochée au mur une sérigraphie délavée d'une oeuvre de Chaïbia que lui avait offert jadis un amateur d'art : "Depuis que cette artiste avait quitté son village natal au pays Doukkala pour s'établir dans la grande métropole de Casablanca, me fait-il observé, la vie s'est retirée de ses oeuvres moins colorées.." Il ne fera jamais cette erreure: il ne quittera pour rien au monde, cette vie rurale si simple et si poètique qui est maintenant la sienne : son poste télé est constament allumé sur une chaîne du Yemen qui diffuse en continu de la musique bédouine comme si rien ne se passait dans ce pays et une chaîne du Tchad où on montre surtout des pasteurs avec leurs boeufs, leurs calebasses de lait et leur danse africaine...De la sorte notre artite peut se consacrer tranquillement à son oeuvre sans être distrait par le flux continu des informations et la fureur du monde....
Mohamed Tabal
TABAL refuse d'être cet homme unidimentionnel, cet artiste prisonnier de l'image qu'on lui accole d'être seulement le "peintre des Gnaoua": certes ces derniers l'inspirent mais ils ne sont plus sa seule source d'inspiration.Il est maintenant un peintre multidimentionnel aux références culturelles multiples : africaines, berbères, arabes puisqu'il pratique la calligraphie à sa manière et s'inspire du zajal cette poésie populaire issue de la geste hilalienne, ces arabes nomades qui envahirent le Maghreb au Xème siècle telle une nuée de sauterelles... Il n'est pas non plus un peintre unidimentionnel au niveau de la technique puisqu'il pratique la peinture sur toile de jutte, le collage sur bois, la sculpture sur différents matériaux qu'il découvre au grè de ses promenades solitaires dans la nature. Les oeuvres qu'il commence à peindre à l'aube, il les a souvent esquissé la veille juste avant de dormir, car la nuit porte conseil et à l'esquisse d'hier s'ajoute souvent ce que le subconscient avait recueilli à l'insu du rêve...
Sanctuaire

Le zéro et l'infini de Mohamed Tabal
De cette œuvre complexe et énigmatique qui semble grouiller de djinns avec le sanctuaire au centre, voici ce que nous en dit Tabal : « Coupole au centre : une tortue sous une forme humaine. Couleur blanche et verte. La main droite est humaine et la main gauche est une tête de bouc. Le pied droit est une tête de chien alors que le pied gauche est humain. Au milieu un lièvre des forêts et un oiseau de l’espèce rapace.Il s’agit des oiseaux migrateurs africains. Au début ‘ai voulu appelé ce tableau le zéro et il est devenu infini. Quand on retourne le tableau, on voit des huttes africaines : c’est un tableau à quatre dimensions : on peut le lire des quatre points cardinaux. Avec les huttes, il y a les palmiers et les chameaux. Il y a aussi la chevalerie, la course des chevaux. Là, c’est une théière renversée et là c’est la calèche d’Essaouira, le fameux « koutchi » se dirigeant du côté de Jérifates(les petits rochers du bord de mer). Bab Doukkala, je l’ai peint en rouge alors que les gens sont en train de déambuler dans les rues du côté du boulevard de la « Massira »(la marche verte). Le maçon conduit sa brouette et les tentes du moussem des Regraga. Avec au premier plan la théière qui symbolise les fêtes et les réjouissances. Ce qui reste comme espace vide dans la toile je le rempli de fleurs »
La tisseuse qu'il vient de finir, représente sa mère qu'il a perdu il y a quelques années : "Tu te rappelle, me dit-il, le jour où tu nous a rendu visite il y a longtemps de cela, plus exactement en 1989 et où ma mère t'avait offert à ton départ une poule avec ses oeufs?C'est elle que j'ai représenté dans ce tableau où domine le mauve, symbole d'amour, une couleur que j'aime beaucoup..." Il a mis sa mère pour ainsi dire sous la protection du marabout du lieu : les oeuvres de Tabal sont aussi celle d'un conteur qui raconte une histoire.Autour du thème central, ici la tisseuse, se développent pour ainsi dire les thèmes qui ont marqués sa vie: sa visite au marabout, ses animaux domestiques. Et quand on demande à Tabal pourquoi il place toutes les scènes de la vie rurale au même niveau sans perspective, il répond : "C'est pour les rapprocher tous du regard du spectateur..."
L'autobiographie de la tisseuse se déploie autour d'elle, mais elle est aussi incorporéé à son propre corps : sur son bras gauche on voit son mari allant au souk avec son coufin pour y faire son marché, à hauteur de sa quenouille se trouve sa vache laitière, l'âne de la maison est incorporé à son bras droit, des poissons colorés entourent sa poitrine généreuse et partout des fleurs des champs constellent la toile pour ne laisser aucun espace vide...Les notions de proportions et de perspective sont battus en brêche.
Chaque détail est une oeuvre en soi, de sorte que chaque tableau en comporte plusieurs : le thème principal est certes"la tisseuse", mais pour relater "sa vie", il fallait peindre plusieurs scènes de sa vie quotidienne.On voit ainsi la tisseuse en train de traire sa vache laitière et juste à côté la même tisseuse en train de prendre son repas en campagnie de son mari qui vient de rentrer du souk comme on le voit en haut à gauche du tableau juste à côté du marabout : les différente scènes de la vie quotidienne que l'artiste dépeint ici et là sont interdépendantes les unes par rapport aux autres comme dans une bande déssinée qui raconte une histoire.......
L'âne est ainsi dépeint trois fois : se reposant sur le bras de la maîtresse de maison, transportant son maître au retour du souk en passant devant le marabout, et broutant de l'herbe en haut à droite de l'oeuvre.On voit ainsi l'âne évoluer dans sa vie quotidienne d'âne parallèlement à celle de la tisseuse..
En peintre - jardinier, il fleurit son tableau comme il fleurit son jardin.Il le traite aussi comme une tapisserie : la tisseuse en médaillon central et les scènes de la vie rural en éléments décoratifs. Les poissons et autres reptiles qui composent la poitrine de la tisseuse sont décorés par les motifs en zigzag de la tapisserie qui symbolisent l'eau dans l'imaginaire rural. Mais aucun objet n'est coloré tel qu'il existe dans la nature mais tel que l'aurait peint un enfant de l'école primaire qui imagine des oranges bleues ou des serpents verts..
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Mohamed Tabal
La tunique rapiécée : voeux de pauvreté comme parure et comme beauté
Ce qui est décrit est plutôt un univers mental, relevant de ce qu'on peut appeler un état modifié de conscience semblable à celui obtenu après la consommation d'adjuvants rituel ou de drogues hallucinogènes comme chez les indiens Yaki : du pachiderme surgit un corps humain et un signe de victoire...Cette prolifiration de sens, Tabal nous l'illustre magistralement avec son porteur d'eau.
En haut à gauche du chapeau de paille, on voit la femme berbère du porteur d'eau en train de moudre les pépites pour préparer l'huile d'argan...De l'autre côté de l'oiseau et du chapeau, on voit maintenant que la femme du porteur d'eau a réussi après trituration à produire trois littres d'huile d'argan que son mari peut vendre au souk pour compléter son maigre gain: "J'espère, me dit Tabal, que ce porteur d'eau réussira à étancher la soif d'art chez tous les visiteurs de l'exposition de Casablanca!".Alors que la femme du porteur est occupée au moulin, ses poules picorent tout autour d'elle créant une animation qui la distrait et lui permet ainsi de voire passer le temps plus rapidement et sans trop d'ennui...
Sur le bras droit repose l'âne qui transporte le porteur d'eau au souk : c'est l'arroseur, arrosé en quelques sortes!
L'outre du porteur d'eau est richement décorée de vieilles pièces de monnaie, de main protectrice contre le movais oeil, de coeurs de différentes couleurs etc.Comme chez les Regraga où existe un saint patron de "la rivière verte", l'eau que verse le porteur d'eau est de couleur verte parce qu'il contient de la baraka, c'est à dire plus que sa réalité déjà connue.Il est à remarquer que là aussi la notion de "proportion" est battue en brèche puisque la tasse est plus grande que la femme du porteur d'eau avec son brasero et son pot de fleurs réunis...
Juste en dessous de l'outre et de la besace du porteur d'eau, on voit sa femme en train de préparer le pain entourée de ses ustenciles :elle est peinte sur le pied gauche de son mari, laquelle est posée juste à côté d'un énorme poivron...
Au pieds du père la mère, mais depuis que celle - ci n'est plus là, elle s'est mise à squater les moindres interstices de la conscience et de l'imagination...
Dans "le porteur d'eau" où les tonalité écarlates dominent, Tabal a choisi d'agrémenter de couelicot son tableau, en fin observateur du printemps : lorsqu'il se repose au milieu des champs il ne voit pas le champs claircemé de coquelicots d'une manière général, mais son cerveau "photographie" en quelque sorte, chaque coquelicot en particulier et en fait un motif quasi mystique de la renaissance du printemps...
Le poème du coquelicot de Moubarak Erraji
Pour apaiser ses gémissements
Elle peignait la chevelure du vent
Le coquelicot n’est que brise
Si son parfum n’était si fort
L’abeille amoureuse l’aurait dédaigné
Ô mon fils, lui a-t-elle dit
Quand on a annoncé au coquelicot
Qu’on doit lui couper la tête
Le coquelicot enlaça et embrassa son propre sang
Au coquelicot les rites funéraires furent des noces
Ô mon fils lui a-t-elle dit
La mer, sa magie et sa grâce
On a cru pouvoir l’enfermer dans un cercueil
Mais sa veine déborda d’une blessure salée
Et brisa le cercueil…
La mer, ne la fait pas monter par une canne
Ne la fait pas monter au bord d’un hameçon
Laisse la mer à la mer
Laisse la mer à sa guise
L’abeille amoureuse
Comme les paysans au milieu desquels il vit, l'artiste associe l'abeille au nectare, aux fleurs et aux fruits de la terre : sans abeilles il n'y aura pas de fruits et sans nectare, le miel n'aura pas sa vertu curative. Pour l'artiste l'abeille est d'abord une réalité symbolique, comme métaphore de la vie et du printemps. C'est aussi une réalité coranique : il calligraphie en même temps le mot "AL-Nahla" qui la désigne dans la sourate du même nom:
Ton Rabb a révélé aux abeilles:
« Prenez demeure dans les montagnes,
les arbres ou les ruches. »
Elles consomment de tous les fruits
et suivent le sentier de ton Rabb, docilement.
Il sort de leur abdomen
une boisson de couleur changeante,
un remède pour les humains.
Les autres versets de l'abeille sont également une source d'inspiration pour Tabal parce qu'ils évoquent la vie rurale:
Il crée les ciels et la terre en vérité,
sublime au-dessus de ce qu’ils lui associent.
Il crée l’humain de sperme,
mais c’est un querelleur invétéré.
Pour vous, il crée les troupeaux
avec, par eux, vêture, services et nourritures.
Pour vous, que de beauté en eux,
quand ils reviennent au bercail
ou vont pâturer !

La possession comme dissociation du multiple en l'un
Ils transportent vos fardeaux dans les pays
que vous ne pourriez atteindre sans souffrance:
Le cheval, le mulet, l’âne
sont pour que vous les montiez ou pour la parade.

Le papillon de Mohamed Tabal
Il fait descendre l’eau du ciel
en boisson pour vous:
les arbres où ils pâturent croissent avec.
Il produit pour vous les céréales,
l’olivier, le palmier, la vigne et tous les fruits.

Il soumet pour vous la nuit et le jour,
le soleil, la lune, les étoiles soumis à son ordre.
Il a disséminé pour vous, sur terre,
les couleurs changeantes.
Il soumet la mer,
pour que vous vous nourrissiez de chair fraîche
et que vous y trouviez les joyaux de vos parures.
Tu vois la felouque y voguer,
à la recherche de bienfaits.
Du fruit des palmiers et des raisins
vous tirez du vin et une subsistance excellente,
C’est en cela un Signe, pour un peuple qui discerne.
Mohamed Tabal
Les troupeaux ont pour vous un enseignement:
nous vous abreuvons de ce qui, dans leur ventre,
entre chyle et sang, est du lait pur,
exquis pour les buveurs.
L'une des toutes dernières oeuvres de Tabal est celle consacrée au point d'eau dénommé "laghdir", au centre de la vie sociale du monde rural aussi bien chez les nomades que chez les sédentaires que ce soit en Afrique du Nord ou en Afrique noire.C'est à la fois un abreuvoire pour les animeaux et un lieu de rencontre pour les humains, y compris les rencontres amoureuses : c'est là souvent que le jeune soupirant qui vient puiser de l'eau pour son hameau, découvre pour la première fois sa future épouse en train de laver le linge sur des dalles en granite, chantonnant sous la lumière matinale,d'une voix à la fois douce et voilée , un de ces airs nostalgique du terroire: aux cliquetis de ses bracelets s'entrechoquant à chaque mouvement son coeur novice s'ouvre brusquement comme une fleur du printemps aux toutes premières confidences d'amour.Une douce musique s'élève alors comme un coup de tonnerre dans un ciel serein où voltige désormais le bonheur des jeunes tourtoureaux...
Mohamed Tabal
Rien ne symbolise mieux cette quête d'amour que le "haddaoui", ce mendiant céleste allant avec son herrazmystique d'un parvis sacré l'autre.
Mohamed Tabal
Lors des fêtes patronales qu'on appelle moussem, on le voit déambuler entre les pèlerins préparant leur repas et vaquant à leurs occupations au milieu de leurs tentes et de leurs animaux. Sa quête aumônière où il reçoit ziara et offrandes en contre partie de la baraka de Sidi Haddi dont il est porteur.Elle est représenté par cette bougie allumée qui symbolise à la fois la lumière du saint et in fine "la lumière prophètique" qui irradie sur tout saint homme en terre d'Islam, mais aussi la flamme d'amour qui brule dans le coeur des hommes...
Mohamed Tabal
La femme - théière
"Femme - aigle", "Femme-Théière", "Homme - oiseau", ces oeuvres de Tabal qui se prêtent à une double lecture prêtent aux humains les mêmes qualités que les animeaux et les choses auxquels ils sont associés : la femme appartient au mobilier de la maison au même titre que la théière, elle est associée à l'aigle qui symbolise son amant et le guerrier agile a les même qualité de force et de courage que le tigre et la même agilité à s'envoler dans les airs que l'oiseau auquel on l'associer. On retrouve cette démarche dans les arts premiers de nombreuses peuplades d'Amérique pratiquant le totemisme ou en Afrique chez celles pratiquant l'animisme.

L’artiste ne vise pas à reprendre un seul sens, le « sens unique », il brouille les cartes pour multiplier les sens possibles. L’art est proche de ces pratiques mystiques où l’on pensait que la perfection nominale consiste à conjurer les esprits des sphères et des astres. Plus une forme est belle, plus elle a de chance de faire sortir l’artiste de son île où souffle un vent de crabes, pour le livrer à l’univers éblouissant des idées.

L'homme - oiseau


A propos de "L’homme – oiseau", Tabal nous déclare : « C’est un tableau qui se lit recto – verso et qui a de ce fait un double sens. Il s’agit du poulet , volaille domestique élevée par l’homme au même titre que les brebis, les chameaux. Les yeux de l’homme sont un oiseau et un chat. Sa tête est un poisson. En bas un cheval avec un couffin plein d’avoine. L’espace vide laissé par l’oiseau et l’homme je le rempli d’une décoration florale. Le bec de l’oiseau est un four à pain décoré d’un palmier, d’un oisillon de caprins et de brouette. C’est un tableau à deux faces : pile, c’est l’aigle, face, c’est la tortue. »
Mohamed Tabal
Sur le visage de la mariée on voit des hommes préparant le carosse du mariage, le cavalier charmant arrivant à la fête où l'attent une fastueuse hospitalité symbolisée par la théière où même les oiseaux et les poissons sont heureux de participer au réjoissances tout en faisant de leur couleurs une magnifique parure pour la mariée...On voit en bas la maison de la future mariée avec son fiancé à son seuil : elle est surmontée de la dotte et d'une amphore symbole d'une vie conjugale à la fois féconde et prospère. Une future marié particulièrement fertile, une FUTURE fermière accomplie...La terre - mère, une Mère - nature: des volailles dans la tête, des poissons circulant dans le sang, une mémoire tatouée...Un art ihtifaliste fondé sur l'esprit de la fête...Quel est l'objet de toute quête d'amour? La fiancée de l'eau! Celle dont on promène l'effigie au milieu des champs assoifés pour faire pleuvoire le ciel desespéremment serein en y faisant advenir magiquement par des prières rogatoires des nuages gorgés d'éclaires de tonnerre et d'eau...
Mohamed Tabal
Totemisme




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Par Abdelkader Mana
03:23 Écrit par elhajthami dans Arts | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : arts |
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